***NOTICE***

The French translation of Endlessly Beautiful ends at Season Two: Episode 13.  We are currently in search of a new translator. Thank you!

beaute-infinie-french.jpg

Beauté infinie (Endlessly Beautiful) French translation

Suite non éditée de Beautiful Disaster

Couverture : Nina Moore
Traduction : Françoise Giang (Le monde de Francesca : http://oiseausecret.canalblog.com)

Site de l’auteur : http://www.jamiemcguire.com/

Tous droits réservés. Aucune partie de cette œuvre copyrightée ne peut être partagée, en entier ou en partie, sans la permission exprimée de l’auteur.

Ce livre est une œuvre de fiction. Les noms, personnages, les lieux et les évènements sont le produit de l’imagination de l’auteur, ou ont été utilisés de manière fictionnelle. Toute ressemblance avec des personnes existantes, vivantes ou décédées, des affaires, des sociétés, des évènements ou avec des lieux, serait une pure coïncidence.

Copyright © Jamie McGuire 2015

 

Episode One: Newlyweds

eb-newlyweds-fr.jpg

Ep1 : Nouveaux mariés

Abby

Travis se tenait près du lit et de nos bagages, triant tranquillement notre linge sale. Il plaça ma robe de mariée devant lui, et après quelques secondes, la déposa délicatement sur notre couette. Le satin et le tulle étaient un peu plissés et ébouriffés, en partie par le voyage, mais essentiellement à cause de notre nuit de noces. Travis m’avait serré contre lui comme si je lui appartenais ; tous ses doutes s’étaient finalement envolés. Désormais, seuls dans notre appartement, il était plus serein qu’il ne l’avait été à l’aéroport de Las Vegas. Nous sommes retournés à la réalité en étant toujours mariés, toujours ensemble.

Je levai ma main gauche, contemplant mon alliance de la même façon que Travis admirait ma robe de mariée juste avant. Je remuai mes doigts, en remarquant que Travis me fixait et se concentrait dessus. Un coin de sa bouche se transforma en demi-sourire, et il rit brièvement.

« Toujours okay ? » me demanda-t-il pour la troisième fois depuis que nous sommes rentrés.

« Toujours Mme Maddox » lui répondis-je, en me rapprochant de lui pour mettre mes bras autour de son cou. Je m’appuyai complètement sur lui, fermant mes yeux pendant que ses lèvres effleurèrent les miennes. « J’aurais souhaité avoir plus de temps avant la reprise des cours. »

« Nous pouvons sécher quelques jours. » chuchota-t-il contre ma bouche.

Il passa en revue mon visage de ses yeux bruns chaleureux, son visage orné d’une barbe d’un jour. Il était toujours aussi beau à couper le souffle que le jour où je l’ai rencontré, sa peau tatouée plaquée sur ses muscles bien dessinés. Les tatouages couvrant ses bras allaient de l’artistique au tribal, mais aucun n’était aussi précieux pour lui que mon surnom se déroulant en écriture délicate autour de son poignet, ou la phrase en hébreu le long de sa cage thoracique, s’étendant de sous son bras à la pointe de sa hanche : J’appartiens à mon aimée, et mon aimée m’appartient, et c’était vrai. Officiellement. Je m’étais même fait un nouveau tatouage à Vegas : Mme Maddox. Pour quelqu’un qui n’avait jamais considéré en avoir un, je ne pouvais m’empêcher de le regarder… lui ou mon nouveau mari.

Je me détachai de lui et me redressai. « J’ai Statistiques ce semestre. C’est un cours que je ne veux pas manquer. »

« Tu réussiras. » dit-il en se retournant pour finir de ranger nos affaires. « Tu résous les problèmes comme moi je mets des coups. »

« Non » dis-je « Rien n’est plus beau. »

Il regarda par-dessus son épaule, me contemplant avec une douzaine d’émotions traversant son visage, pour s’arrêter sur l’adoration. « Ma femme l’est. »

Je jetai un coup d’œil à la chambre et posai mes mains sur mes hanches, en soufflant une mèche de cheveux rebelle de mon visage. Le linge sale était regroupé en 4 tas autour du lit. Je me demandai comment nous avions réussi à en accumuler autant en seulement quelques jours. Des cadres étaient suspendus aux murs, avec des photos en noir et blanc de nous à chaque étape de notre relation : amis, ennemis, et amants. Sur chacune, nous étions en train de sourire, et Travis me touchait à chaque fois. Notre chambre m’avait manqué, mais la dernière fois que nous y étions, j’avais demandé Travis en mariage alors que son visage était toujours barbouillé de suie provenant de l’incendie. Une odeur de fumée était d’ailleurs toujours dans l’air.

Shepley et America avaient quitté Morgan Hall après nous avoir emmenés chez le père de Travis pour lui annoncer que nous nous étions enfuis pour nous marier. America devait aller récupérer mes affaires, permettant à Travis et moi d’avoir du temps seuls pour vider nos bagages et nous installer. Même si l’appartement était le même que celui que nous avions laissé, tout semblait différent. Je récupérai un des tas de linge dans mes bras et me dirigeai vers la porte, me demandant si Travis se sentait aussi heureux mais déplacé que je l’étais.

« Où vas-tu ? » demanda Travis.

Je fis un signe en direction du couloir avec un petit mouvement du buste. « Lessive. » Il fit une grimace et je ris. « Je serai juste au bout du couloir, bébé. »

Il acquiesça, mais je savais qu’il était toujours inquiet que notre mariage s’évapore d’une manière ou d’une autre, comme si ce n’était jamais arrivé, et qu’au moment où je disparaitrais de sa vue, il se réveillerait seul.

Je passai le pas de la chambre en direction du salon, m’arrêtant à moins d’un mètre après pour pousser une porte vers la droite, révélant le lave-linge. La machine était bruyante, tachetée, et plus vieille que moi, mais elle marchait toujours. J’y insérai seulement la moitié de ce que j’avais apporté, sachant que le petit tambour ne pourrait pas en supporter davantage. Juste après avoir mis la lessive, tourné le bouton et refermé le couvercle, quelqu’un frappa à la porte d’entrée.

Je laissai le reste des vêtements par terre et les enjambai pour traverser le salon rapidement. Je regardai à travers le judas et déglutis, m’accordant un moment pour récupérer mes esprits avant d’ouvrir la porte.

« Bonjour » dis-je en tentant de paraitre surprise.

Les policiers étaient habillés en civil, indiquant qu’ils étaient inspecteurs, et ne semblaient pas étonnés de me voir.

« Mlle Abernathy ? » demanda celui de gauche. Il était bien en chair, son ventre dépassant de sa boucle de ceinture, et sa veste en tweed était un peu serré. Sur le badge qui dépassait de sa poche était marqué Gable. Son partenaire, Williams, était élégamment habillé avec une chemise mauve et une cravate assortie. Il croisa les bras, sa peau lisse et sombre contrastant avec celle rose et constellée de taches de rousseur de Gable.

« Oui ? » répondis-je, sachant que Gable ne posait pas vraiment une question.

« Nous cherchons Travis Maddox. »

« Il est là, dans la salle de bains. » déclarai-je, en espérant que Travis ne pouvait pas nous entendre à travers le bruit du lave-linge. Ce serait tellement plus facile de le couvrir s’il restait caché dans la chambre. J’avais besoin de le préparer. Il n’était pas aussi bon menteur que moi parce qu’il n’avait pas besoin de l’être. Je ne pouvais pas me rappeler d’un seul moment durant lequel il m’aurait menti depuis que nous nous sommes rencontrés.

« Peut-on patienter un moment ? Nous avons besoin de lui parler. » interrogea Williams.

« Est-ce à propos de l’incendie ? » demandai-je.

Les inspecteurs échangèrent un regard, comme s’ils avaient l’impression d’avoir une longueur d’avance.

« Oui » répondit Gable. « Que pouvez-vous nous dire ? »

« Je l’ai vu aux infos. Aussitôt que nous aurons rangé nos affaires, nous irons à la fraternité. Travis a perdu plusieurs camarades et a le cœur brisé. » répondis-je, sachant que cette dernière partie n’était pas un mensonge.

« Êtes-vous sa petite amie ? » demanda Gable, même s’il n’avait pas un ton interrogateur là encore.

« Epouse » corrigeais-je.

Un autre regard passa entre les deux hommes. Williams s’agita et regarda ses notes. « Sa femme ? »

« Oui, nous nous sommes mariés ce weekend. A Vegas. Nous sommes rentrés plus tôt à cause de l’incendie. »

Gable plissa les yeux. « Nous avons plusieurs témoins affirmant que Travis était dans l’immeuble au moment de l’incendie. Ils ont déclaré qu’il était un combattant régulier sur le, euh… » il regarda ses notes «  ring de combat tournant. ». Il articula chaque mot comme s’il parlait une langue étrangère.

« Et bien… Je pense que c’est illégal de vous mentir. » avouai-je en m’accrochant au bord de la porte. Les inspecteurs se penchèrent, impatients d’entendre ma confession. « Nous avons été à quelques combats. Il n’y a pas grand-chose à faire à Eakins. » plaisantai-je, et puis faisant semblant d’être mal à l’aise lorsqu’ils ne trouvèrent pas ma blague amusante.

Gable se pencha, remarquant quelque chose derrière moi. « Mr Maddox ? »

Je me retournai, découvrant Travis paralysé dans le couloir.

« Salut bébé » lui dis-je. « Des personnes ont raconté à ces policiers que tu étais au combat ce weekend. Ils nous posent des questions. »

« Pouvons-nous entrer ? » demanda Williams.

« Bien sur » répondit Travis, enjambant à son tour la pile de vêtements que j’avais laissée par terre. Il essuya ses doigts sur son pantalon et offrit une solide poignée de main aux inspecteurs. « Travis Maddox. »

« Ravi de vous rencontrer monsieur. » dit Gable, relaxant sa main en réaction à la pression que Travis avait mise durant leur échange. Il entra et me dépassa, visiblement méfiant envers l’homme qu’il confrontait.

« Vous avez fait la connaissance de ma femme. » déclara Travis alors que je refermai la porte derrière les inspecteurs.

Les policiers acquiescèrent. Williams souffla « Avez-vous conduit ou avez-vous pris l’avion pour Vegas ? »

« L’avion »  Nous parlâmes à l’unisson, puis nous nous sourîmes. Travis prit ma main et nous nous assîmes sur le canapé.

Williams choisit le fauteuil. Gable occupa la majorité du sofa.

« Ils affirment vraiment qu’il était présent ? » demandai-je.

« Que vous étiez tous les deux là en fait. » précisa Gable, tout en écrivant quelque chose dans son carnet. « Avez-vous conservé vos cartes d’embarquement ? »

« Oui » répondis-je en me levant. J’allai dans ma chambre, fouillant dans mon sac à main pour récupérer les cartes et la facture de l’hôtel. Je voulais tout garder à portée de main lorsque les policiers allaient arriver pour interroger Travis sur ses déplacements. J’attrapai ma robe de mariée en sortant. Je ne voulais pas laisser Travis seul avec les inspecteurs plus longtemps que nécessaire.

« C’était rapide. » dit Williams de manière suspicieuse.

« Nous venons tout juste de rentrer. » rétorquais-je. « Tout était dans mon sac. Et voici. » dis-je, en leur tendant les papiers.

« C’est votre, euh… » commença Gable en indiquant ma robe.

« Oui » répondis-je en la soulevant avec un sourire plein de fierté. « Oh ! » dis-je, surprenant Travis. Je courus à travers le couloir encore une fois, jetant la robe sur le lit et retournant au salon avec un DVD dans la main. « Voudriez-vous voir la cérémonie ? » Avant que l’un d’entre eux puisse répondre, je plaçai le DVD dans le lecteur et attrapai la télécommande.

Je m’assis près de Travis, me blottissant contre lui pendant que nous le voyions à l’écran près de l’officiant de la cérémonie, s’agitant nerveusement. J’embrassai sa joue, il se tourna vers moi et pressa ses lèvres contre les miennes.

« Okay » déclara Williams en se levant. Son téléphone sonna et il le tint contre son oreille. « Williams. Quoi ? Quand ? Ce sont des conneries et vous le savez ! »

Travis me jeta un coup d’œil, mais je serrai sa main en conservant un sourire sur mon visage. Je fixais la TV. L’enregistrement me permettait de prétendre plus facilement que je n’étais pas concentrée sur chacun des mots de Williams.

Gable chuchota « Quoi ? » à son partenaire.

Williams secoua la tête. « Oui monsieur. Nous y sommes en ce moment. Je comprends monsieur. Oui monsieur. » Il soupira et écarta son téléphone, regardant Travis avec une expression ennuyée. « Le FBI reprend l’affaire. Je suis certain qu’ils auront davantage de questions à vous poser. »

« Le FBI ? » demanda Travis.

Williams fronça les sourcils en regardant son partenaire étonné. « On dirait bien. Bonne journée Mr Maddox. Et félicitations. »

Travis se leva en m’entrainant avec lui. Nous regardâmes les inspecteurs partir, puis Travis fit les cent pas.

« Travis » dis-je en voulant l’atteindre. Il ne me permit pas de l’attraper. « Travis, arrête. Tout va bien se passer. Je te le promets. »

Il s’assit sur le canapé, posant ses coudes sur ses genoux et couvrant son nez et sa bouche de ses mains. Ses genoux tressautaient et il respirait bruyamment. Je me préparai à une explosion.

Je m’installai près de lui, en touchant son épaule musclée. « Nous étions à Vegas pour nous marier. C’est ce qui s’est passé, et c’est ce que nous continuerons à déclarer. Tu n’as rien fait de mal Travis. Il s’est passé une chose affreuse, mais je ne te laisserai pas en payer le prix. »

« Abby » dit Travis à travers ses mains. Il ferma les yeux et prit une profonde respiration. « Savais-tu que ça allait arriver ? »

J’embrassai son épaule. « Que veux-tu dire ? »

« Que j’aurai besoin d’un alibi. »

Mon cœur commença à tambouriner dans ma poitrine, cognant contre ma cage thoracique. « De quoi parles-tu ? »

Il se tourna vers moi avec des yeux apeurés, regrettant déjà la question qu’il allait me poser. « Dis-moi la vérité. »

Je haussai les épaules. « Okay… »

« M’as-tu épousé pour m’éviter la prison ? »

Je déglutis. Pour la première fois, j’avais peur que mon fameux visage impassible ne puisse me sauver. Si j’avouais avoir inventé son alibi, il ne croirait pas que je l’avais épousé parce que je l’aimais et que je voulais être sa femme. Il ne croirait pas que la seule raison pour laquelle j’avais accepté d’être son épouse, alors que j’étais en première année à l’université, et que j’avais 19 ans, c’était à cause de cet amour. Je ne pouvais pas lui dire la vérité, et je ne voulais pas commencer notre mariage avec un tel mensonge.

J’ouvris ma bouche pour parler, ne sachant pas ce que j’allais décider jusqu’à ce que les mots sortent. 

 


 

Episode Two: White Lie

eb-whitelie-fr.jpg

Ep2 : Pieux mensonge

Abby

« Travis » commençai-je, en posant la main sur son genou. « Je t’ai épousé parce que je suis tombée amoureuse. »

« Est-ce l’unique raison ? » demanda-t-il, se préparant à la douleur insoutenable que ma réponse pourrait causer.

« Non. »

Sa poitrine se serra comme s’il était soudain privé d’oxygène. Une heure auparavant, il commençait tout juste à accepter que notre weekend n’était pas qu’un simple rêve. Un mois auparavant, il aurait retourné l’appartement. Je pouvais le voir se battre contre le désir urgent de se déchainer, même sous l’immense douleur qu’il ressentait. Voir ce conflit dans chaque trait de son expression ne me faisait que l’aimer encore davantage.

Travis fixa le sol pendant qu’il parlait « Abby, quand je dis que je t’aime… Je ne savais pas jusqu’à cet instant que je voudrais quelque chose encore plus fort que de t’avoir pour épouse. » Sa respiration ralentit et il chassa le tremblement de sa voix. « Je veux que tu sois heureuse. Tu n’avais pas à faire tout cela. »

« Je suis heureuse. Je suis plus heureuse que je ne l’ai jamais été. Demain, je serai encore plus heureuse. Mais ton bonheur est aussi important que le mien, Travis, et… » J’hésitai. Peu importe les façons dont je tenterais de lui expliquer, Travis ne comprendrait pas. S’enfuir et se marier à Vegas pour le sauver de la prison, signifiait plus que de le décider sur un coup de tête. Peut-être que ce n’était pas aussi romantique qu’une proposition impulsive et surprenante comme aurait souhaité Travis, mais j’avais mis une raison derrière mes sentiments. Pour moi, c’était la preuve que mon amour pour lui transcendait toutes les autres choses qui étaient importantes pour moi, mais Travis ne le verrait pas de cette manière. Je pouvais le voir dans ses yeux.

« Dis-le Poulette. J’ai besoin de t’entendre le dire. J’ai besoin de connaitre la vérité. » dit-il, défait.

Je pris son visage dans ma main et effleurai son oreille avec mes lèvres. « Je t’appartiens. » chuchotai-je. Je levai mes sourcils. « Et tu es à moi. »

Il se tourna, toucha ma joue du bout des doigts, et me regarda dans les yeux pour détecter le moindre indice montrant que je n’étais pas totalement honnête.

Je lui offris un petit sourire, gardant mes inquiétudes au plus profond de moi. Les mots qui avaient franchi mes lèvres étaient la vérité, mais je ressentis la nécessité de les retenir comme s’ils étaient des mensonges. Travis n’avait pas besoin de savoir que je voulais le sauver. Il avait seulement besoin de savoir pourquoi.

Il hocha la tête, expira, et ses muscles se détendirent. « N’as-tu jamais autant voulu quelque chose qui soit hors d’atteinte, mais que lorsque ça arrive, tu serais presque trop effrayée d’y croire ? »

« Oui » murmurai-je, embrassant ses lèvres. « Mais je suis ta femme. Rien ne pourra jamais changer cela. »

« Je ne sais pas. » rétorqua-t-il, en secouant la tête. « Une peine de prison de 22 ans le pourrait. »

« Comment peux-tu penser que tu n’as aucun contrôle sur ce qui nous arrive ? Tu m’as fait tomber tellement amoureuse de toi que je t’ai demandé en mariage à 19 ans. »

Il laissa échapper un rire.

« Peux-tu penser que je puisse être celle qui aurait peur de te perdre ? » lui demandai-je.

« Où pourrais-je aller ? » contra-t-il en m’attirant sur ses genoux. « Tu es mon ancre. Il n’y a rien d’autre qui pourrait m’éloigner de toi. » Les coins de la bouche de Travis se soulevèrent, mais uniquement durant une seconde. « Je fais l’objet d’une enquête de la part du FBI, Poulette. Et si j’étais arrêté ? Et si j’étais détenu pendant un long moment ? »

Je secouai la tête. « Cela n’arrivera pas. Tu n’étais pas là. Nous étions à Vegas en train de nous marier. » Je levai la main et agitai mes doigts de sorte que la lumière se réfléchit sur les facettes de mon diamant. Son expression me mit les larmes aux yeux, et je jetai mes bras autour de lui, le serrant fort, et calant mon menton dans le creux de son cou. Je n’avais pas à cacher que j’avais peur. « Je ne les laisserai pas t’arracher à moi. »

« Quelqu’un devra payer pour ce qui s’est passé. »

Mes yeux firent le tour de notre appartement, se posèrent sur les bougies que j’avais achetées dans le petit centre commercial d’Eakin, et sur le cendrier que Travis gardait près de la porte lorsqu’il allait fumer à l’extérieur. Je pensai à sa spatule à côté de ma louche dans le tiroir de la cuisine, ses verres à shot rangés près de mes mugs, ses chaussettes de sport malodorantes mélangées à ma lingerie Victoria’s Secret. Je me remémorai le campus d’Eastern State, quand j’étais chamboulée lorsque Travis parvenait à me repérer parmi les 12 000 étudiants, et le moment où la moitié de la cafétéria s’était mise à chanter parce qu’il voulait m’aider à détourner leur attention de moi.

J’avais déménagé du Kansas pour l’Illinois pour fuir mon passé, et j’ai atterri la tête la première sur la dernière personne avec laquelle je pensais avoir une relation, et qui s’est révélée être la seule personne qui m’aimerait plus intensément et inconditionnellement que quiconque. Travis Maddox me faisait sourire et me faisait attendre chaque jour avec impatience. Il n’y avait pas d’Abby sans Travis.

« Pas toi. Tu n’as pas choisi le bâtiment. Tu n’as pas suspendu les lanternes. Le feu était un accident, Trav. Un horrible et terrible accident, mais si c’est la faute de quelqu’un, ce n’est pas de la tienne. »

« Comment suis-je supposé expliquer cela à Papa, Poulette ? Comment dire à mes frères que je suis impliqué dedans ? Certains de nos camarades de la fraternité sont morts dans cet incendie. Merde » jura-t-il, passant la main dans ses cheveux courts. « Trenton a failli mourir là-bas. »

« Mais il n’est pas mort. Travis ? » Je secouai la tête. « Tu ne peux pas leur dire. Tu ne peux rien avouer à Shep ou Mare. Ou à ton père. Si nous leur racontons la vérité et qu’ils ne te dénoncent pas, ils auront également des problèmes. »

Il réfléchit à ça pendant un moment, puis acquiesça. « Mais… et s’ils arrêtaient Adam ? »

Je baissai les yeux, incertaine de la manière de gérer ce cas-là. Adam pourrait accepter de témoigner contre Travis contre une réduction de peine. Si une seule personne de plus admettait que Travis était dans ce sous-sol pendant le combat, son alibi ne vaudrait rien. Je fixai ses iris bruns plein d’inquiétude. « Nous prendrons les choses l’une après l’autre. La première étape est notre mariage. Nous venons en priorité, toujours. » affirmai-je, tapotant sa poitrine avec mon doigt. « C’est d’abord nous, puis la famille, puis le monde entier. »

Il opina, attrapant ma mâchoire et plantant ses lèvres contre les miennes. « Je t’aime tellement, putain. » chuchota-t-il, son front contre le mien.

La poignée de la porte d’entrée s’agita, puis Shepley et America entrèrent brusquement, tous deux portant des sacs marrons gonflés et discutant d’houmous au piment jalapeno et à la coriandre. Ils s’arrêtèrent juste derrière le canapé, nous dévisageant alors que nous étions figés dans notre étreinte.

« Putain, Shep. Frappe avant d’entrer ! » cria Travis.

Shepley haussa les épaules, les sacs accompagnant le mouvement. « J’habite ici ! »

« Je suis marié. Tu tiens la chandelle. La chandelle frappe avant d’entrer. » répondit Travis.

America arracha les clés de la main de Shepley et les mit sous le nez de Travis. « Pas si la chandelle a la clé. » rétorqua-t-elle sèchement. « Au fait, Shep a demandé à Brazil de nous prêter son camion afin de déménager le reste des affaires d’Abby. De rien ! »

Elle se dirigea, furieuse, vers la cuisine, indiquant à Shepley de la suivre. Elle était toujours en colère concernant notre mariage précipité, ne comprenant pas que fuir dans la nuit sans rien dire à personne était la seule façon de faire. Ils ouvrirent tous les placards et commencèrent à vider les sacs, remplissant les étagères presque vides avec des boites de conserve, des sacs et des boites.

« Je vais vous aider. » dis-je, en commençant à me redresser et m’écarter de Travis. Il me retint, frottant son nez contre mon cou.

« Oh non » gronda America. « Tu es mariée maintenant. Laissons les chandelles ranger les 200 dollars de courses qu’elles viennent juste d’acheter. »

« Wow ! Super Shep ! » s’exclama Travis, se tournant vers la cuisine assez longtemps pour que Shepley lui retourne un clin d’œil.

« J’achète, tu cuisines. Cela n’a pas changé, hein Trav ? » l’interrogea Shepley.

« Exact » lui répondit Travis, le pouce en l’air.

« Tu vas devoir m’apprendre. » intervins-je penaude.

« A cuisiner ? » demanda Travis. Je confirmai. « Mais si je t’apprends, je n’aurai pas à cuisiner aussi souvent pour toi. »

« C’est le but. Je veux t’aider. »

Il me fit un grand sourire, sa fossette se creusant. « Dans ce cas, la réponse est non. »

Je pinçai la peau juste sous son bras, gloussant quand il cria. America dépassa le canapé en allant vers le sofa où la télécommande dépassait à peine d’entre les coussins. Je voulais la prévenir que l’inspecteur enrobé l’avait gardée bien au chaud comme une poule couvant son œuf, mais avant que je puisse le faire, America tira la télécommande jusqu’à ce qu’elle soit libérée. Elle la pointa vers la TV, regardant l’écran s’allumer et afficher immédiatement les informations locales. Ils étaient toujours en train de parler de l’incendie, un journaliste se tenant devant Keaton, des traces noires au-dessus des fenêtres, alors que des mots en jaune défilaient en bas de l’écran. Je me tins la gorge et déglutis, me souvenant de la sensation d’étouffement liée à la fumée, et comment c’était terrifiant de voir les flammes s’approcher de plus en plus. J’étais perturbée, perdue et paniquée, sentant la mort arriver à tout moment jusqu’à ce que j’entende la voix de Travis au milieu des cris et des pleurs de la pièce principale.

America s’installa lentement sur le sofa, laissant ses mains et la télécommande entre ses jambes. « Emily Heathington est morte dans ce bâtiment. Elle était dans ma classe d’aquagym. » énonça America, avec un rire sans humour. « Elle détestait l’eau. Elle disait toujours que la pensée d’aller sous l’eau et de ne pas avoir d’air la rendait claustrophobe. Alors elle a pris ce cours d’aquagym pour essayer et faire face à sa peur. Qu’elle soit morte de cette manière… c’est presque une blague douteuse. »

« Mare » la prévins-je, remarquant l’expression de Travis.

« Je suis heureuse que vous n’ayez pas été là-bas » dit America en essuyant une larme sur sa joue. « Je ne sais pas ce que nous aurions fait si quelque chose était arrivé à l’un d’entre vous. » Elle se leva, jetant la télécommande vers Travis. « Oui. Même toi, connard. »

Travis attrapa le mince triangle noir d’une main, se tournant vers la cuisine. Il ne pouvait pas voir au-delà du haut du canapé, mais parla quand même en direction de son cousin. « Est-ce qu’on ne devrait pas aller à Sig Tau ? »

« Je viens d’y passer. » répondit Shepley. « C’est très calme là-bas. Beaucoup de mecs assis avec le regard dans le vide. »

« Ils étaient en train de discuter pour lever une campagne de fonds. » ajouta America.

Travis hocha la tête. « Oui. Nous devrions totalement faire ça. »

« Travis » commença Shepley. « Comment allons-nous payer le loyer désormais ? Nous n’avons plus le revenu qu’on aurait gagné pour cet été. Nous n’avons plus aucune rentrée d’argent. »

« Nous allons trouver un foutu boulot. » répondit Travis en s’affalant.

« En faisant quoi ? Tout ce que tu faisais pour gagner de l’argent était de donner des coups. J’ai passé des coups de fil. Est-ce qu’on postule au Burger King ? »

Je fronçai les sourcils en direction d’America, mais elle haussa simplement les épaules. « Tu trouveras quelque chose. » dis-je. « J’ai vu une annonce pour un cours de soutien de maths sur le panneau près de la salle de classe avant les vacances. Je vais examiner ça. »

« Super » soupira Shepley. « Nous allons diviser le loyer et les factures par trois maintenant. Ce sera beaucoup plus facile. »

« Tes parents couvrent tes dépenses. » grommela Travis. « De quoi tu te plains ? »

« C’était sympa de ne pas avoir à demander. » rétorqua Shepley.

« Shep » commença Travis. « Je t’adore cousin, mais l’un de nous deux va devoir déménager. »

« De quoi parles-tu ? » demanda Shepley.

America ramassa un coussin et le jeta sur Shepley. « Arrête ! Ne fais pas comme si tu ne savais pas que ça allait arriver à la seconde où tu as su pour le mariage ! »

Shepley rit. « Désolé ! Je comptais faire semblant aussi longtemps que je pouvais. »

Deux lignes se formèrent entre les sourcils de Travis. Shepley ne savait pas que Travis se sentait déjà assez mal au sujet de beaucoup de choses. Travis soupira, secouant sa tête. « Nous ne trouverons rien qui paye aussi bien, je peux grave te l’assurer. »

« Comme tu l’as dit, » lui dis-je en frottant son dos. « Nous avons maintenant deux revenus. Ça ira si tu gagnes moins. Même de moitié. »

« Cet argent va me manquer. » dit Travis en regardant ailleurs. « J’avais un tas de projets pour nous. »

« Comme une voiture ? » interrogeai-je.

Il cacha un sourire. « Ne t’inquiète pas pour ça. »

Je le tapai faussement sur le bras. « Que veux-tu dire ? »

« Je veux dire qu’on est paré. »

« Tu nous as acheté une voiture ? » lui demandai-je en me redressant.

Je n’ai jamais eu de voiture. Le seul mode de transport de Travis était sa Harley Night Rod, et bien qu’il avait l’air vraiment sexy dessus, il faisait un peu frais durant l’hiver. Nous comptions sur Shepley pour faire le chauffeur ou nous prêter sa voiture, mais maintenant que nous étions mariés, cela allait changer. Tout allait changer. Nous n’étions plus de jeunes étudiants qui pouvaient dépendre des autres pour se déplacer, nous étions désormais un couple marié et il y avait une certaine attente, principalement de notre part, à être responsable et autonome.

Le mariage était tellement plus qu’une cérémonie et des promesses. Je n’ai jamais réfléchi à 2 fois sur le fait que Travis ait un colocataire quand j’étais juste sa petite amie, mais le mariage faisait ressentir les choses différemment. Comme le fait de ne pas avoir de voiture était différent, ou un emploi, ou… La réalité de tout cela commença à peser sur moi, et je m’enfonçai dans le canapé.

Travis fronça les sourcils, concerné par ma réaction. « Qu’est-ce qu’il y a, bébé ? » me demanda-t-il.

Shepley rit. « Maintenant, tu n’as vraiment plus du tout d’argent. »

« Maintenant, nous n’avons plus vraiment besoin que tu vives ici. » marmonna Travis.

Shepley plissa le nez, comme s’il avait soudain senti quelque chose de dégoûtant. « Et bien, c’était super méchant. »

Travis s’extirpa du canapé, taclant son cousin sur le carrelage de la cuisine. Shepley grogna lorsque son genou tapa contre la porte du placard du bas, puis glapit quand Travis l’attrapa à l’entrejambe.

« Arrête de te battre salement et de me tenir les parties ! »  hurla Shepley.

America se déplaça, manquant de justesse les jambes véloces de Travis. Je me mis debout pour me tenir près d’elle, accrochant mon bras au sien.

« Es-tu certaine que tu sais dans quoi tu t’embarques ? » me demanda-t-elle. « Tu es impliquée dedans tu sais. C’est à toi. »

« Tu es la prochaine. » lui répondis-je, en tirant sur son bras.

« Oh non. Ce n’est pas parce que tu t’es mariée durant ta première année de fac que nous autres sommes aussi tarés. » Elle me regarda, confuse. « Je ne comprends toujours pas pourquoi tu as fait ça. Travis savait que le plus grand combat de l’année allait se dérouler, Adam a trouvé on ne sait comment quelqu’un d’autre pour se battre à la place de Travis à la dernière minute, l’incendie s’est déclenché, et vous deux avez subitement décidé de vous enfuir pour vous marier… » La compréhension brilla dans ses yeux.

Travis se figea, et les deux garçons contemplèrent America, la respiration lourde.

« Abby » voulut savoir America, suspicieuse.

« Mare non. » lui dis-je. « Ne commence pas. N’y pense même pas. »

« Mais je suis dans le vrai n’est-ce pas ? » me demanda-t-elle.

« Non » glapis-je. « Nous étions en direction de Vegas quand l’incendie a démarré. Quel genre de personne serions-nous si nous faisions quelque chose comme ça ? »

« Le genre intelligent » répondit Shepley en se redressant. Il dépoussiéra son pantalon, tout en essayant de reprendre sa respiration. Ses joues étaient rouges de ne pas avoir réussi à attraper son cousin beaucoup mieux bâti.

Travis se mit debout également, glissant son bras autour de ma taille. Nous échangeâmes des regards tous les quatre, ne sachant pas quoi dire d’autre, mais à cet instant, je savais que Travis devait connaitre la vérité.

 

Episode Three: Silver

eb-silver-fr.jpg

Ep3 : Argenté

Assiettes, casseroles et couverts tintèrent et se cognèrent les uns contre les autres, même si le son était atténué par l’eau qui coulait du robinet. La vapeur s’échappait de l’évier pendant qu’America et moi rincions de la vaisselle le peu de restes des fameuses pâtes au poulet cajun de Travis, et la placions dans le lave-vaisselle. Personne n’avait beaucoup parlé durant le dîner, en partie parce que Travis était un formidable cuisinier, mais surtout parce que nous ne savions pas comment discuter de ce qui s’était réellement passé sans incriminer chacun dans la pièce.

« Est-ce que c’était la seule solution ? » demanda America en me tendant un bol.

« Je ne peux pas en parler » lui répondis-je. « C’est mieux pour toi si je ne le fais pas. Mais si tu t’inquiètes… Oui, je l’aime, et oui, je suis heureuse d’être sa femme. »

« C’est tout ce que je voulais savoir, Abby. Je ne poserai plus la question. »

« C’est pour ça que tu es la meilleure meilleure amie qui soit. »

« C’est vrai. Je le suis. Tu as tellement de chance ! »

Je souris. « Je suis d’accord. »

America tourna le bouton, et le lave-vaisselle commença à vibrer et à gronder. Elle sécha ses mains et se tint derrière moi, attrapant mes épaules pour m’attirer contre elle. Son menton légèrement pressé dans le creux de mon cou, elle embrassa ma joue et chuchota à mon oreille « Tout va bien se passer. Je te le promets. »

« Je sais » lui dis-je, mes yeux baissés sur l’évier.

Je mis un peu de liquide vaisselle bleu dans ma paume, frottant ma peau déjà fripée. Alors que je pensais que nous avions affronté des problèmes graves par le passé, nous avions tous les deux de vrais ennuis, parce que si Travis tombait, nous tomberions tous également. Je venais juste de mentir à des inspecteurs de police, de faire obstruction à la justice, d’avoir aidé et encouragé à le faire, sans mentionner le fait d’avoir été un complice de plein gré, avant, pendant et après les faits. Mais j’acceptais d’assumer les conséquences, quelles qu’elles soient, si cela signifiait que Travis avait une chance de ne pas aller en prison.

Je jetai un coup d’œil à mon mari par-dessus mon épaule. Il se tenait debout avec ses bras musclés et tatoués croisés contre sa poitrine, discutant avec son cousin. Il avait retourné sa casquette en arrière, s’appuyant sur une jambe, puis sur l’autre, comme s’il ne pouvait pas rester tranquille. Shepley avait un effet calmant sur Travis, et il était en train de l’apaiser de quelque chose qui irritait ce dernier. Je souris et regardai l’eau qui coulait entre mes doigts, rinçant la mousse et souhaitant que mes mains soient réellement propres.

Le soleil commençait à se coucher, reflétant une lueur chaleureuse à travers la vitre qui était au-dessus de l’évier. Ma vue était composée du parking, des appartements un peu plus loin, et des toits des bâtiments du campus qui dépassaient tout juste des arbres à quelques mètres de là. Le ciel était encore chargé de la fumée qui s’était échappé de Keaton Hall quelques jours auparavant. L’incendie était l’une des expériences les plus épouvantables de ma vie, mais j’ai survécu. La peur qui n’était plus qu’un souvenir pour moi avait par contre hanté les derniers moments de tellement de camarades de classe. Leurs cris résonnèrent à mes oreilles, et je fermai les yeux, tentant de les bloquer.

Je séchai mes mains et me retournai pour me diriger vers le couloir. Je m’occupai du linge en lançant une nouvelle lessive, puis emmenai un panier rempli de vêtements secs et propres dans la chambre et le posai sur le lit. Être occupé a du bon.

Travis me rejoignit, faisant rebondir le panier lors qu’il tomba la tête la première sur le lit. Il prit quelques profondes inspirations, puis se tourna sur le dos en croisant ses bras derrière sa tête. Il fixa le plafond pendant que je contournai notre lit pour suspendre ma robe de mariée sur la tringle de rideau. Les branches nues de l’arbre à l’extérieur frémirent dans le vent. J’avais contemplé pratiquement tous les changements de saison sur cet arbre de la fenêtre de la chambre de Travis, et c’était notre fenêtre désormais.

« Rappelle-moi de l’apporter à la teinturerie pour la faire protéger » dis-je en lissant la jupe.

« Protéger ? Qu’est-ce que ça veut dire ? » me demanda-t-il avec un sourire.

« L’empêcher de jaunir. La garder immaculée. »

« Pour quelle raison ? »

« Pour toujours. » rétorquai-je, en me retournant vers le lit. « Comme nous. »

Travis soutint mon regard pendant un instant, me contemplant revenir vers lui avec un sourire appréciateur.

Je terminai la tâche fastidieuse mais nécessaire de plier les vêtements que nous avions emmenés à Vegas et les serviettes que nous avions utilisé pour nous débarrasser de la fumée et de la suie de l’incendie. Travis reprit sa position initiale et soupira. « Je n’ai pas peur d’aller en prison, Poulette. J’ai senti dès l’instant où je t’ai vu que… Je sais pas. Cela semble parfaitement normal dans ma tête, mais je sais que si je le dis à voix haute… »

« Dis le quand même. »

« J’existe pour toi Abby. C’est tout. J’ai fait tout ce que je pouvais faire pour ne pas te perdre. Qu’est-ce que je deviendrai si je ne te voyais plus jamais ? Ou si je ne pouvais plus te caresser les cheveux ? Voir la manière dont tes yeux briller au soleil ? Sentir tes cheveux mouillés contre mon bras quand tu t’endors la nuit ? Je n’ai jamais eu peur de quelque chose, mais ça, ça me terrifie. »

« Tu n’iras nulle part. » lui répondis-je. Je conservais mon visage impassible mais tout ce qu’il disait était effrayant.

Je rangeai ses chaussettes par 2 et les roulai en boule. C’était comme Travis et moi, un gros paquet noué. Même séparés, nous existions ensemble.

« Tu ne peux pas résoudre cela Abby. » dit-il. « Je ne vais pas mentir. Si j’ai eu tort, je mérite de… »

« Stop » le coupai-je, en lui jetant la boule de chaussettes à son visage. Il l’attrapa juste avant que cela ne l’atteigne. « Je suis ta femme. Ton devoir est d’être ici avec moi, de me protéger, de m’aimer. Tu as promis. Nous avons toujours fait face aux batailles l’une après l’autre. Ce n’est pas différent cette fois-ci. »

Il hocha la tête, gardant ses yeux fixés au plafond.

Il soupira bruyamment, puis se redressa et planta ses pieds sur le sol. « Je ne peux pas rester ici. Ca me rend fou. Allons-y. »

« Où ça ? » lui demandai-je.

« Chez Pinkerton. »

« Le concessionnaire de voitures ? Non » lui dis-je en secouant la tête.

Travis ricana. « C’est déjà payé. Tu n’as plus qu’à choisir une couleur. »

Je levai un sourcil. « Ne te fiche pas de moi, Maddox. »

Il se changea avec un pull léger à manches longues et une paire de jean propre, puis se pencha pour lacer ses bottes. « Nous partons. » m’avertit-il.

Je restai plantée près de mon panier de vêtements, mais Travis passa à côté de moi, me poussant avec sa hanche avant de prendre un de mes hauts et d’attraper un cintre. En moins d’une minute, nous avions fini de ranger les vêtements. Je fixai le placard les bras croisés, prétendant ne pas savoir comment m’habiller.

« Juste un pull et un jean, bébé. Tu es ravissante. Tu n’as même pas à te forcer. »

J’eus le rouge aux joues et je baissai les yeux. Travis était mon mari, mais il pouvait encore me faire sentir comme si nous venions juste de nous rencontrer. « Ils vont bientôt fermer, non ? »

« Qu’est-ce qu’il y a ? Tu ne veux pas de voiture ? Vamos ! Bouge tes fesses, Mme Maddox ! »

Je gloussai, attrapant la première paire de jean et le premier haut sous la main, m’habillant rapidement et rejoignant Travis dans le salon. Il avait les clés de Shepley dans la main, son visage s’illuminant lorsqu’il me vit. Il ouvrit la porte, faisant un geste pour me faire passer devant.

« Tu fais ça juste pour pouvoir mater mes fesses, n’est-ce pas ? » plaisantai-je.

« Bien sur que oui ! » répliqua Travis en fermant la porte derrière lui.

Nous descendîmes les marches en nous tenant la main, et j’inspirai. « Cela sent la pluie. »

« C’est une bonne chose qu’on prenne la voiture alors. » répondit-il en m’ouvrant la porte côté passager. Il attendit que je sois entrée avant de courir devant la voiture pour s’asseoir côté conducteur. Une fois installé, il agrippa le volant et secoua la tête.

« Qu’est-ce qu’il y a ? » lui demandai-je. « Tu as oublié quelque chose ? »

« Toutes les cinq minutes ou presque, ça me frappe, et je n’arrive pas à y croire. » Il se pencha vers moi et serra mes joues dans sa main avant de toucher de ses lèvres chaudes les miennes. Il s’écarta, mit la clé dans le contact, puis tripota le chauffage. Il grimaça lorsqu’une musique country s’éleva de la radio et tourna rapidement le bouton, s’arrêtant sur une station au hasard qui passait Dexys Midnight Runners. Sa tête se balançait, et je me moquai de lui lorsqu’il chanta C’mon Eileen.

Il enleva le frein à main et sortit de la place de parking. Il plaça sa main sur mon genou, toujours en train de chanter et de bouger la tête avec la musique. Il connaissait chaque parole, c’était assez impressionnant. De temps en temps, il me regardait et chantait avec tellement d’enthousiasme que je ne pouvais faire autrement que de l’accompagner. Le temps que nous arrivions chez Pinkerton, nous étions pratiquement en train de hurler le refrain du générique de Shérif, fais-moi peur. Je ne connaissais pas toutes les paroles, mais Travis si, et il les chantait comme s’il était sur la scène d’un stade plein à craquer. J’étais contente qu’il ait insisté pour qu’on sorte de l’appartement. Je n’avais pas réalisé à quel point j’étouffais, ou à quel point j’avais besoin de rire.

Travis gara la voiture et sortit. Lorsque je fermai la porte côté passager, il marcha devant moi, tendant ses mains derrière lui jusqu’à ce que j’entrelace mes doigts avec les siens. Il plaça mes bras autour de lui, ses pas s’arrêtant au bout d’une file de Toyota Camrys.

Un homme âgé sortit, lissant sa cravate et ses cheveux grisonnants, préparant son discours en s’éclaircissant la gorge et en nous offrant son sourire le plus charmant. Celui de Travis était beaucoup plus séduisant.

A ma grande surprise, il salua Travis par son nom. Travis me libéra pour échanger une poignée de main. « Je me demandais quand est-ce que vous alliez venir. Est-ce Abby ? » Il me serra la main. « Richard. Enchanté de vous rencontrer enfin. »

Je me tournai vers Travis.

Ce dernier haussa les épaules. « Je te l’ai dit. Choisis une couleur. »

Je laissai échapper un petit rire. « Est-ce que tu existes pour de vrai ? »

Il leva les mains puis les laissa tomber sur ses cuisses. « Est-ce que je t’ai déjà menti ? »

J’entourai lentement mes bras autour de son cou, sentant ses muscles se relaxer à mon contact. Je me hissai sur la pointe des pieds et lui donnai un petit baiser, remarquant du coin de l’œil Richard qui essayait de ne pas nous regarder.

« Jamais. » Je regardai la rangée de Camrys.

Richard les désigna une par une. « Noir attitude, Rouge Barcelone, Argenté classique, Bleu océan, Gris cosmique et Sablé métallique. Nous n’avons pas la couleur Perle ni le Gris magnétique en stock. »

« Mais il peut l’obtenir. » interrompit Travis.

« Bien sur » se hâta de répondre Richard.

Travis m’entraina vers les voitures. « Regarde dedans. Elles ont toutes un intérieur différent. »

Je me dirigeai vers la voiture argentée et ouvrit la porte côté conducteur. « Qu’est-ce que c’est ? Une télévision ? »

Richard se rapprocha.  « C’est un euh… un système de navigation et la radio. » Il continua à débiter les différentes caractéristiques de la voiture pendant que Travis m’encouragea à m’asseoir dedans. L’intérieur était d’un gris léger, et les boutons autour du grand écran et sur le volant me faisaient penser à un tableau de commandes de la NASA. Je ne m’imaginai pas me familiariser avec tous.

« Je n’arrive pas à croire que tu aies fait ça pour moi. » lui dis-je, en passant mes mains sur le volant. « Je n’ai jamais eu ma propre voiture. »

Travis se colla contre moi, posant sa main sur le bord de la porte ouverte. « Je ferai n’importe quoi pour toi, Poulette. Je vais te donner tout ce que tu voudras. »

Je touchai sa joue. « Tu l’as déjà fait. »

Travis s’appuya contre ma main puis embrassa brièvement ma paume, soudainement excité. « Qu’en penses-tu ? »

« Celle-là. »

« L’Argenté ? » me demanda-t-il.

« L’Argenté » confirmai-je.

Travis tourna légèrement sa tête mais garda ses yeux sur moi. « Vous avez entendu ma femme, Richard. Elle veut celle-là. »

« C’est bon ! » répondit Richard. « Je vais la faire préparer. »

Je sautai sur Travis, le faisant tomber sur le dos. Il rit, puis me serra contre lui sur l’asphalte, m’embrassant alors que l’orage tonna au loin etque la pluie commença à tomber du ciel.

« Tu es heureuse, Poulette ? » me demanda-t-il.

« La plus heureuse » chuchotai-je contre ses lèvres souriantes.

 

Episode Four: What's Left of Right

WLOR.jpg

Ep4 : Ce qui semble juste

Travis

La main d’Abby semblait petite mais détendue dans la mienne alors que nous contournions le trottoir humide barré par un ruban jaune qui entourait Keaton Hall. Le bâtiment et le sol boueux délimitant les quatre coins de brique et de pierre étaient désormais une scène de crime. Les flics – et maintenant le FBI – enquêtaient sur la mort de trente-sept étudiants, la plupart d’entre eux n’étaient pas assez âgés pour s’acheter une bière. Cela faisait trois jours que je me demandais si je devais tout dire à Papa, comment il prendrait la nouvelle que son plus jeune fils ait été impliqué dans l’évènement le plus tragique de l’histoire d’Eastern State, et ce qu’il en dirait. J’imaginais la déception dans ses yeux, l’inquiétude et le stress qui le rongerait, même après que la police me fasse coffrer.

Les briques de part et d’autre de chaque fenêtre du bâtiment dans lequel Adam avait organisé mon dernier combat étaient marquées par les traces de fumée. Les cris qui s’étaient élevé seulement quelques nuits auparavant résonnaient toujours à mes oreilles, et je me souvenais de la terreur que j’avais ressentie quand je cherchais désespérément Abby dans le sous-sol, à travers le labyrinthe sombre des couloirs. La peur qui m’a submergée lorsque j’ai réalisé que Trenton n’était pas dehors avec le reste des survivants était toujours vive. Les cheveux du bas de ma nuque se sont dressés simplement en y repensant. Mais cela n’atteignait pas la douleur que tellement de parents ont ressenti depuis que l’histoire de l’incendie a fait la une des journaux. Même si Abby ne manquait jamais une opportunité de me rappeler que ce qui s’était passé n’était pas de ma faute, je me sentais quand même responsable.

Je m’arrêtai devant un mémorial improvisé pour les victimes : un tas de messages, des rubans, des fleurs, et des peluches. Abby me tapota la tête, me tirant en avant sans prononcer un mot. Elle savait que je battais ma coulpe à propos de ça, mais elle ne savait pas que je me débattais avec l’envie pressante de me rendre. La seule chose qui me freinait était de penser que je laisserais ma femme seule.

Je l’accompagnai jusqu’au bâtiment dans lequel elle avait son premier cours, et après l’avoir embrassé d’une manière qui laissait deviner à n’importe qui nous voyait qu’elle était ma femme, je la regardai monter les marches et disparaitre derrière la double porte en verre.

Shepley me tapa sur l’épaule. « Ils grandissent tellement vite. »

Je me dégageai de sa prise. « Va te faire foutre, suceur. »

Shepley ricana. « Une des filles de Sig Cap a déjà demandé à America si la rumeur était vraie. »

Je pouvais sentir mes sourcils se lever doucement. « Quelle rumeur ? »

Shepley me fixa comme si j’étais un imbécile. « La rumeur que tu as épousé Abby. »

Je réajustai mon sac à dos et commençai à marcher sous le ciel gris, sentant l’air du matin s’infiltrer sous mon T-shirt à manches longues. Shepley peinait à suivre mon rythme, et finissait parfois par courir légèrement. Nous n’avions pas dit un mot jusqu’à ce qu’on atteigne le bâtiment des arts libéraux, où nous avions tous les deux cours. Je montai deux marches à la fois, incitant finalement Shepley à se plaindre.

« Fais chier, Trav. Y a le feu ? »

Je stoppai et me tournai vers mon cousin, les dents serrés. « Qu’est-ce qui ne va pas chez toi ? »

Shepley pâlit. « Désolé mec, mauvais choix de mots. C’est juste que nous ne sommes pas en retard, nous avons encore dix minutes avant les cours. Pourquoi est-ce que tu te dépêches ? »

« J’ai beaucoup de choses en tête. » lui répondis-je en ouvrant brusquement la porte.

Le couloir était rempli d’étudiants allant et venant, s’évitant les uns les autres jusqu’à se séparer assez longtemps pour contourner un obstacle au milieu du chemin : une boite en verre placée sur un podium. Etait enfermé à l’intérieur un buste de Gerald P. Stymie, l’ancien président d’Eastern State et ancien membre de Sig Tau. Mr Stymie était entré à Sig Tau en même temps que mon père et mon oncle Jack, et je me souvenais qu’il venait souvent chez nous lorsque j’étais petit. Il a assisté à nos fêtes et à l’enterrement de ma mère. Il mourut quatre années après sa retraite, soit six ans avant ma première année de fac. Je me demandais s’il aurait été davantage déçu que j’aie aidé à orchestrer l’évènement le plus tragique d’Eastern, ou que je n’assume pas mon implication.

L’énergie était tellement différente de la semaine avant les vacances de printemps quand tout le monde souriait et marchait de manière guillerette. Maintenant, les couloirs étaient calmes, l’ambiance pesante et sombre. Les filles séchaient leurs larmes, et les mecs les tenaient contre eux, tous ayant conscience de leur propre mortalité, certains pour la première fois.

« Beaucoup de choses en tête ? » répéta Shepley, en se glissant dans le bâtiment derrière moi. « Comme quoi ? Oh. Tu veux dire la chose que je ne sais pas ? Ou est-ce que tu as réalisé que le mariage était pour toujours ? » J’attrapai le col de Shepley des deux mains, le poussant contre le mur le plus proche. Il eut le souffle coupé et me regarda les yeux écarquillés, levant ses mains en l’air. « Hey ! » marmonna-t-il entre ses dents. « Je suis de ton côté ! »

Je relâchai doucement ma prise, conscient des yeux curieux des passants. Je tapotai l’épaule de Shepley pour m’excuser, et je pris une grande respiration. « Ce n’est pas drôle Shepley. Rien de tout cela ne l’est. »

Shepley jeta un rapide coup d’œil autour de lui, puis se pencha vers moi en gardant sa voix basse. « Tu as raison. Je suis désolé, j’essayai juste d’alléger l’ambiance. Mais tu as besoin de garder profil bas, Travis. Ce n’est pas le moment d’attirer l’attention sur toi. »

Je regardai par-dessus mon épaule mes camarades, des enfants jeunes et stupides comme moi, mais sans une femme ni de factures ni d’inspecteurs venant frapper à leur porte. Leurs plus grandes inquiétudes concernaient leurs diplômes et d’expliquer les relevés de carte de crédit à leurs parents. Abby et moi avions eu ces soucis stupides il y a quelques jours seulement. Le mariage m’avait aidé à prétendre que l’incendie n’avait pas eu lieu, mais maintenant les conséquences me revenaient en pleine face. La peur de perdre Abby pour Parker semblait être d’une autre époque. Aujourd’hui, je pouvais la perdre pour de vrai… pour toujours.

« Tu as raison. » lui dis-je. Je lissai sa chemise, puis tapotai sa joue, en forçant un sourire. « Tu as raison mon pote. Désolé. »

« Va en classe, tête de bite. » répliqua Shepley, en remettant son sac à dos avant de tourner au coin pour monter les escaliers.

J’allai au bout du couloir et entrai dans la classe, saluant de la tête mon professeur de sciences humaines avant de prendre un siège. Quelques étudiants du cours précédent s’attardaient encore à son bureau, posant des questions sur le partiel du premier semestre. Je regardai ma montre, puis sortit mon téléphone, en souriant lorsqu’il s’éclaira. Le magnifique sourire d’Abby honora l’écran, riant à une époque moins compliquée.

Hey

Je souris en tapant une réponse. C’est quoi ce bordel ? Comment peux-tu déjà me manquer ?

Trois petits points apparurent, le signe de l’anticipation. De même.

Je me moquais de moi-même. Abby était une énigme. Je savais qu’elle m’aimait, elle était ma femme quand même, mais ses réponses brèves et son refus d’exprimer trop d’émotions, excepté la frustration et la colère, me faisaient m’interroger la plupart du temps. J’aimais ça d’elle. J’aimais comment elle était têtue et même parfois de mauvaise foi. Ce n’était certainement pas sain, mais je m’en foutais. Personne n’avait osé me faire ressentir ces choses-là avant, du moins pas volontairement.

Je viens d’écrire Abby Maddox sur mon carnet de notes. Avec des cœurs. A quel point suis-je pathétique ?

Un immense sourire s’étala sur mon visage. Est-ce que c’était bizarre ?

Non. Je dois y aller. Je t’<3

Le professeur Halsey se leva de son siège et se plaça devant son bureau, posant ses fesses contre le bord en bois. Tout en lui était dégingandé, ses bras, ses jambes, son nez. Ses cheveux gras étaient coiffés d’un côté pour cacher misérablement le trou au-dessus de sa tête. Il écarta ses doigts et pressa les extrémités les unes contre les autres, les ramenant contre ses lèvres.

« Comme vous le savez sûrement, l’école a souffert d’une terrible tragédie ce weekend. »

Un silence inconfortable remplit la salle, et les étudiants s’agitèrent dans leurs sièges. Je m’enfonçai dans le mien, mâchouillant le bout de mon stylo.

Halsey continua. « Nous avons reçu l’ordre de vous informer que des soutiens psychologiques gratuits sur le campus étaient offerts par Eastern State. Vu le nombre d’étudiants, je suis sûr que nous avons au moins une personne dans cette classe qui connaissait quelqu’un qui a été blessé, qui a survécu ou qui est devenu une victime dans le sous-sol de Keaton. Ça peut être un moment effrayant et étouffant pour quiconque, que vous ayez été proche d’une victime ou pas, donc s’il vous plait… n’ignorez pas les sentiments que vous avez du mal à traiter. Nous sommes là pour vous aider. » Il fit une pause assez longue pour laisser digérer ses mots, puis il continua avec sa leçon. Une ou deux filles ont reniflé quelques fois, mais à part cela, nous avons procédé normalement, en prenant des notes et en posant des questions.

Au moment où il signala la fin du cours, je me précipitai vers la porte, passant rapidement tout le couloir puis la porte, courant tout le long jusqu’à l’endroit où Abby devait sortir. Elle traversait l’une des portes, s’arrêtant lorsqu’elle me vit. Je me serrai contre elle, et elle enroula son bras autour de ma taille, me guidant en bas des marches puis sur le côté du bâtiment.

« Qu’est-ce qui se passe ? » me demanda-t-elle, gardant sa voix tranquille et calme.

Ma poitrine s’alourdit tandis que je cherchais ma respiration. Je secouai la tête, incapable de répondre.

« Travis, regarde-moi. » m’ordonna-t-elle, attrapant mon menton et levant ma tête jusqu’à ce que mon regard rencontre le sien. « Parle-moi. »

« Ils sont tous morts. Tellement de personnes sont là sans leurs amis, leurs colocataires… les membres de leurs familles. » Je me désignai moi-même du doigt. « J’ai fait ça. »

« Non tu ne l’as pas fait. » Elle regarda par-dessus son épaule, puis revint à moi. « Tu as besoin de te ressaisir, Maddox. Si les gens te voient comme ça et le disent aux flics ? »

« Peut-être qu’ils devraient. Peut-être que je devrais me rendre. » lui répondis-je. Aucune respiration que je prenais n’était assez grande. Plus j’aspirais d’air, moins c’était satisfaisant.

« Mais qu’est-ce que tu racontes, merde ? » lâcha-t-elle. Pour la première fois, elle avait du mal à conserver sa fameuse impassibilité. « Travis, tu ferais mieux de m’écouter. » dit-elle en agrippant mon T-shirt. « Tu ne vas pas me quitter. »

« Tu penses que je le souhaite ? » crachai-je, énervé.

« Oui ils sont morts, et oui c’est horrible, mais tu ne vas pas me quitter. Tu vas me choisir en priorité, au-delà de ta culpabilité, au-delà de ta foutue morale, et même au-delà de la bonne chose à faire ! Si ça fait de moi une personne égoïste ou mauvaise, je l’accepte. Mais ils ne comprendront pas que tu n’as rien souhaité de ce qui s’était passé. Ils se ficheront du fait que ce n’est pas toi qui ai choisi le bâtiment ou installé les lanternes. Ils t’arrêteront, Trav. Ils t’arrêteront, et te passeront les menottes et… t’emmèneront loin de moi, et… »

Je la serrai contre ma poitrine, la tenant alors qu’elle tremblait dans mes bras. « Bébé » lui dis-je, surpris. Je ne l’avais jamais vu aussi secouée.

Elle me repoussa, mais continua à retenir mon T-shirt dans sa main. « Ne fais rien de stupide Travis. Ne t’avise pas putain. » Frustrée, elle serra sa main libre en un poing et frappa ma poitrine avec la tranche, assez fort pour marquer le coup. Ses yeux s’embuèrent. « Tu es la seule famille que j’ai. »

« Okay » dis-je en clignant des yeux. Je la repris contre moi, en me balançant légèrement, tentant de la réconforter du mieux que je pouvais. J’embrassai sa tempe, en jurant contre moi-même. Je savais que je ne pouvais pas la quitter, même si c’était la chose juste à faire. Je voulais seulement qu’elle me dise de ne pas le faire. Lui dire une chose alors que je savais qu’elle n’allait pas se produire était dégueulasse. « Tu as raison. Je n’étais pas… Je ne veux pas être arrêté. J’avais juste besoin d’entendre que tu me le dises, je pense. »

« Tu veux que je te soulage de cette responsabilité ? De sorte que tu pourras te dire après que c’était moi ? » m’interrogea-t-elle en plissant les yeux.

« Non bébé. Bien sûr que non putain. »

Elle leva le menton. « Parce que c’est bon. Je prendrai le blâme. Quelle qu’en soit la conséquence, Travis. Je ferai tout ce qu’il faut. »

J’étouffai mes émotions, en serrant les dents. Elle m’aimait autant que je l’aimais. Je ne savais pas que c’était possible. « Abby… »

Elle pressa son front contre ma poitrine, prenant une profonde respiration, puis hocha la tête. Elle prit un moment pour se calmer, fixant le sol alors qu’elle faisait le choix de me faire confiance pour ne pas ruiner ses plans. Elle essuya ses yeux, pivota sur ses talons, et s’éloigna en direction de son prochain cours. L’odeur de la fumée s’attardait encore dans l’air alors qu’elle s’échappait de ma vue, laissant les cendres de ma conscience dans son sillage.

 

Episode Five: Truth

EB Epi six.jpg

Ep5 : Vérité

Travis

Mes bottes grincèrent contre les marches humides qui menaient à mon appartement. Le ciel avait pissé sur moi toute la journée entre les cours. J’étais content. Les sols autour de Keaton Hall étaient toujours noyés sous le déluge d’eau que les lances à incendie avaient versé dans le bâtiment. La pluie avait mélangé le reste du campus avec l’herbe et les trottoirs gorgés d’eau de Keaton.

Mes clés tintèrent dans la main lorsque je les sortis pour déverrouiller la porte. Dès que je touchai la poignée, j’entendis des petits grattements de l’autre côté. Je souris et poussai la porte, me penchant immédiatement pour caresser Toto.

Sa fourrure raide et sombre se frotta contre mon visage alors qu’il me couvrait de petits bisous. Il avait tellement grandi, mais il se tortillait, glapissait et bondissait partout comme il l’avait fait lors de son premier jour dans l’appartement. Il ne voulait pas se calmer, donc je le pris finalement dans mes bras, le tenant contre ma poitrine alors qu’il trempait mon visage de sa bave de chien. Je relevai le menton afin de ne pas finir avec une langue canine dans ma bouche.

Brazil avait utilisé la clé de secours pour récupérer Toto après que nous soyons partis pour l’aéroport, et même s’il avait accepté sans objection ni question, Abby n’était vraiment pas contente lorsque nous avons récupéré Toto. Elle lui avait donné un bain au moment où on est rentré à la maison pour le débarrasser de la puanteur des cigarettes et des chaussettes sales. Après l’avoir séché et rattrapé le temps perdu en matière de câlins, il s’était roulé en boule dans son panier situé dans un coin de notre chambre, et avait dormi le reste de la nuit.

J’attrapai mon téléphone, comme je l’avais promis à Abby.

Mec. J’apprécie que tu aies gardé mon chien, mais si tu ne voulais pas s’occuper de lui, tu aurais dû le dire tout simplement.

Ça n’a pas pris longtemps à Brazil pour répondre. De quoi tu parles ?

Il pue. Tu as fumé à côté de lui. Je ne le fais même pas moi. Et il a comaté pendant 24 heures lorsqu’on l’a ramené chez nous.

Désolé mec. On a organisé unefête. Ma copine m’a entrainé dehors pour m’engueuler pour un truc débile. Quand je suis revenu, Derek l’avait sorti de ma chambre et essayait de lui faire avaler de la bière. J’ai dégagé Derek, mais le chien n’a pas été blessé ou quoique ce soit, je tejure.

Rappelle-moi de ne plus jamais te demander de service.

Ça n’arrivera plus Travis. Désolé.

Je reposai Toto par terre et écoutai ses griffes cliqueter contre le linoleum de la cuisine pendant que j’ouvris une boite de sa nourriture préférée. Je grimaçai à l’odeur rance, me demandant quelle créature au nom de Dieu pouvait manger quelque chose d’aussi répugnant. Bien sûr, je parlais de Toto, qui aimait renifler et lécher son propre trou de balle.

Je versai la nourriture dans la gamelle en céramique orange qu’Abby avait trouvée sur Internet avec le nom de Toto dessus, et j’ajoutai davantage d’eau dans son bol avant de reporter mon attention sur mon téléphone. Je déroulai la liste de mes contacts jusqu’à ce que le nom de Brandon apparaisse. Mon pouce hésita au-dessus de l’icône du téléphone. L’un des membres de ma fraternité m’avait donné les coordonnées de Brandon. Il était le propriétaire d’Iron E, l’un des trois salles de gym d’Eakins en dehors du campus. Deux de ces gymnases appartenaient à Brandon, et Iron E était la prunelle de ses yeux : une nouvelle salle à l’est de la ville qui était beaucoup plus populaire que les autres grâce au nombre élevé d’abonnés mixtes. J’étais déjà allé soulever des poids là-bas et j’avais discuté avec Brandon à chaque fois. Il semblait sympa, mais il avait une femme enceinte et un tas de petites copines, pas quelqu’un que je pouvais décemment appeler un ami.

Je pressai le bouton et tint le téléphone contre mon oreille. Cela sonna plusieurs fois, puis j’entendis un clic suivi de crissements, de bruits de coups et de hurlements intermittents que j’avais prévu si Brandon était toujours au gymnase.

« Brandon Kyle » répondit-il. Connard arrogant. Je ne supportais pas les gens qui répondaient en donnant leur nom au lieu d’un mot d’accueil.

« Hey. C’est Travis Maddox. Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois à Iron E. J’ai cru comprendre que tu cherchais un entraineur à mi-temps. »

« Ravi de t’entendre ! Oui, on m’a dit que tu pouvais appeler. Mec… Nous adorerions t’avoir dans l’équipe. Je t’ai déjà vu avant. Tu connais ton affaire. Et bon Dieu, tu ramènerais des nanas. Viens récupérer un dossier de candidature et je te ferai visiter. Nous discuterons des détails et nous déciderons ensuite si c’est toujours quelque chose que nous voulons faire tous les deux. »

« Euh… » Je ne m’attendais pas à cette réponse. « Quand veux-tu que je vienne ? J’ai fini tôt aujourd’hui, mais je dois aller chercher ma femme et… »

« Femme ? » ria Brandon. « Depuis quand ? »

« Depuis ce week-end. »

 « Oh ! » répondit-il d’une voix étouffée. Il semblait tenir son poing contre sa bouche de la manière dont je l’avais déjà vu faire lorsqu’il  se moquait de quelqu’un. « Merde. Tu l’as mise enceinte ? »

« Qu’est-ce que tu viens de me dire ? » grondai-je, en sentant mon sang bouillir. Je pivotai sur mes talons, réalisant que je faisais les cent pas avec un poing serré.

« Rien… Rien du tout. Je me foutais juste de toi, mec ! Ouais ! Viens ! Je te verrai là-bas. »

« Quand je veux ? » lui demandai-je.

« C’est une semaine plutôt calme. Tous les gros ont abandonné leurs résolutions de nouvel an. Je suis disponible jusqu’à jeudi. »

Je le remerciai du bout des lèvres, et je raccrochai. Il n’y avait pas moyen que je puisse travailler avec ce connard. Je l’agresserais dès le premier jour.

Toto termina son déjeuner, puis je l’habillai avec le petit pull vert à carreaux qu’Abby lui avait acheté. Avec un peu d’effort, j’attachai sa laisse à son collier pendant qu’il tentait de lécher ma main, puis je l’emmenai à l’extérieur. Je croisai les bras, en gardant le contrôle de la laisse et bougonnant à propos de Brandon quand une Porsche étincelante débarqua et se gara juste derrière ma Harley. La fenêtre se baissa, révélant le sourire satisfait de Parker.

« Maddox ! A ce qu’il parait, tu as quelques problèmes avec les autorités locales. Et les nationales. »

« Suce mes boules, Hayes. »

L’expression de Parker devint sérieuse. « Est-ce vrai aussi… à propos d’Abby et toi ? »

« Qu’elle t’a jeté pour moi ? A deux reprises ? »

Parker fronça les sourcils. « Est-ce que c’est vrai ou pas ? »

« Bien sûr que c’est vrai. Tu ne pensais pas vraiment que t’avais une chance avec elle, non ? »

« Tu ne la mérites pas Maddox. Tu dois le savoir. »

« Peut-être pas. Mais Abby pense que si. C’est la seule opinion qui compte pour moi… donc tu peux aller crever Parker, parce que personne ici ne se préoccupe de ce que tu penses. Tu étais une distraction. Une pub. Elle n’allait jamais finir avec toi. C’est franchement pathétique que tu aies essayé. »

« Je n’ai pas essayé aussi fort. Si je l’avais fait, tu ne serais pas marié. »

Je baissai le menton en lui jetant un regard noir. « Sors de ta voiture de fiotte et viens me le dire en face. »

Parker déglutit puis remonta sa fenêtre à moitié. « Voiture de fiotte ? Que dis-tu de ton chien de fiotte ?! Joli pull ! »

« Ce chien en a de plus grosses que toi. »

« Elle va te quitter Travis. Abby va réaliser ce qu’elle a fait, la nouveauté va s’estomper, et elle va te quitter. Et je souhaite de pouvoir voir ton sourire arrogant disparaitre de ton visage quand elle le fera. »

J’avançai d’un pas, mes muscles tendus et prêts comme ils étaient juste avant un combat au Cercle. Je savais que si je frappais une fois, je ne m’arrêterais pas, mais à cet instant, tuer Parker était la seule chose qui allait me faire sentir mieux. « Sors de ta putain de voiture. Maintenant. »

Parker se cacha derrière sa vitre teintée et redémarra.

Je restai debout avec les poings serrés, mon corps entier tremblant de colère. Toto frotta son nez contre mon jean, et je baissai les yeux. L’adrénaline reflua de mon système lorsque mon regard tomba sur ses yeux quémandeurs. Il avait froid avant même qu’il ait fait sa petite affaire ; maintenant, il frissonnait comme moi. Il renifla et repoussa quelques touffes d’herbe comme s’il était chez lui.

Je souris. « Ouais. Tu voulais lui botter les fesses aussi, hein ? » Je le pris dans mes bras et le ramenai à l’intérieur. A la seconde où je l’ai reposé, il trottina vers ma chambre, se recroquevillant probablement dans son panier pour sa sieste de l’après-midi.

J’attrapai mon portefeuille, mon téléphone et mes clés, puis je passai la porte et descendis les escaliers, me glissant derrière le volant de la Camry. J’agrippai ce dernier, en fixant les jointures de mes doigts blanchir sous la pression. Le dernier cours d’Abby ne finissait pas avant une autre heure, et je brûlais d’envie de me défouler après Brandon et Parker. Quelque chose de blanc attrapa mon regard, et je baissai les yeux entre les sièges. Je me penchai, repêchant une enveloppe qui contenait la lettre de ma mère à ma future épouse… à Abby. Je la déposai délicatement sur le siège passager, enclenchai la marche arrière et sortis de ma place, puis me dirigeai vers la maison de Papa.

Pendant que je conduisais, j’imaginais lui dire la vérité à propos de l’incendie. Je ne savais pas s’il voulait que je me rende ou pas. Peu importait, je ne pouvais pas. Je l’avais promis à Abby. Tout dire à Papa ne servirait qu’à me soulager de ce poids, et le placer sur ses épaules. Il devrait décider s’il devait me dénoncer ou pas. Je ne pouvais pas faire ça non plus.

J’empoignai le volant et arrivai à la maison dans laquelle j’avais grandi. La maison dans laquelle j’avais donné mon premier coup et reçut mon premier poing dans la bouche. Là où Thomas avait l’habitude de me retenir afin d’empêcher mes frères de me botter les fesses parce que je ne voulais pas battre en retraite, et là où Trenton avait pratiquement cassé tout ce qui s’interposait entre lui et moi… même les jumeaux. Je souris alors que je m’engageai dans l’allée, entendant le gravier sous les pneus.

Papa ouvrit la porte d’entrée et plaça ses mains sur son ventre rebondi, me regardant me rapprocher du porche avec un sourire appréciateur sur son visage. « Et bien, et bien. » dit-il. « Je ne pensais pas te voir ici pendant un moment. »

« Je suis à moins de 5 kilomètres. » lui répondis-je en grimpant les marches qui menaient aux lattes en bois qui formait le porche. Papa me tapa sur l’épaule, et je l’enlaçai pour un câlin.

« Ta mère et moi n’avions pas quitté la maison pendant trois semaines après que nous nous sommes mariés. »

« Papa » me plaignai-je. Mon visage se plissa de dégoût, et je le dépassai dans le séjour pour atteindre le canapé.

Papa ricana alors qu’il fermait la porte derrière nous. « Le temps est un fils de pute. » marmonna-t-il. Il jeta un coup d’œil à travers la petite vitre en haut de la porte d’entrée, puis secoua la tête et se dirigea jusqu’à son fauteuil. Il s’assit au bord, se penchant avec ses coudes sur ses genoux. « Qu’est-ce que c’est ? » Il fit un geste en direction de l’enveloppe blanche dans ma main.

Je la soulevai de quelques centimètres, surpris de la nervosité que je ressentais. Papa ne parlait pas beaucoup de Maman. Non pas qu’il n’ait pas essayé, mais je pouvais toujours voir le vide dans ses yeux, le même que je ressentirai si jamais je perdais Abby.

« C’est une lettre. »

« La… euh… celle que ta mère t’a laissé ? »

J’acquiesçai. « Je l’ai donnée à Abby avant le mariage. »

« J’espérais que tu t’en souviendrais. »

« Je m’en suis souvenu. »

« Bien. » dit-il en se raclant la gorge. « Bien. »

« Est-ce que tu veux la lire ? »

Il secoua la tête. « Ce n’était pas pour moi. »

Je retirai le papier fin de l’enveloppe, mes yeux parcourant l’écriture délicate de Maman. « Je sais. C’est comme si on avait de ses nouvelles. Elle a écrit de la manière dont je me souviens d’elle. »

Papa réfléchit à ça pendant un instant, puis hocha la tête, agitant sa main devant lui. « Okay alors. Passe la moi. »

Je sautai sur mes pieds, tendit la feuille à Papa, et retournait à ma place sur le canapé.

Papa cligna des yeux plusieurs fois, essayant de se concentrer, mais en voyant ses mots à elle sur le papier, sa lèvre inférieure se mit à trembler. Il tint son menton dans sa main pour tenter de masquer son émotion, mais il cligna plus rapidement des yeux ensuite, et ses yeux commencèrent à briller. Un sourire apparut sur ses lèvres, il secoua la tête et gloussa même une fois. Papa tint la lettre d’une main et essuya son œil de l’autre. Après une minute entière, il se racla la gorge et me regarda.

« Ça faisait longtemps. C’était bon d’entendre sa voix à nouveau. Merci fils. »

Je hochai la tête. « Elle me manque aussi. Tout le temps. »

Il se remit à rire, essuyant une autre larme. « Moi aussi… à chaque moment, chaque jour. Pendant dix-sept fichues années. Et la manière dont tu regardes Abby » soupira-t-il, « c’est la même façon que je regardais ta mère. Mon Dieu, que j’aimais cette femme. Je n’avais jamais ressenti ça avant elle… ni depuis. »

Mes sourcils se levèrent. « Penses-tu que je vais la perdre, Papa ? »

« Abby ? »

J’acquiesçai.

Papa toucha ses lèvres avec ses doigts, puis regarda le sol. Je ne pouvais ni bouger ni respirer pendant que j’attendais la réponse. Il se pencha finalement vers moi et me regarda droit dans les yeux. 

« Travis… Je déteste te le dire fils… mais ta femme ? Elle est plus forte que toi. Tu la quitteras bien avant qu’elle ne le fasse. »

Ses mots me coupèrent le souffle, et je me couvris le visage, laissant le soulagement m’envahir par vagues. Je le regardai, sachant qu’il m’avait offert la vérité, mais parce que j’aimais ma femme, que je ne pouvais faire de même.

 

Episode Six: Real Life Starts Now

eb-RLSN-mcguire.fr.jpg

Ep6 : La vie réelle commence maintenant

:: Abby ::

Le panneau de liège près de la sortie de Reiger Hall était encombré d’annonces, avec des gros titres comme A vendre, Recherche, ou Offre d’emploi, chacune avec des numéros en bas, séparés en bandes découpées. Une des annonces était placée en haut avec l’en-tête officiel de l’école et une liste de matières. Je plissai les yeux, lus la feuille, puis arrachai une bandelette et mis le numéro de téléphone dans ma poche. L’école cherchait des tuteurs, et Mathématiques était l’une des matières. Moins d’une semaine s’était écoulée dans la dernière moitié du second semestre, et les livres et fournitures dans mon sac à dos pesaient bien lourds et tiraient sur mes épaules.

Je sautillai légèrement alors que je me dirigeai vers la sortie, tentant de déplacer les sangles afin d’alléger la base de mon cou. L’air du printemps précoce me fouetta le visage à l’instant où je mis un pied dehors. Des manteaux de tous styles et de tous coloris émaillaient les trottoirs, un patchwork différenciant les étudiants de notre entourage terne. Je levai les yeux au ciel, sentant l’humidité me couvrant immédiatement le visage. Il a dû tomber de la pluie ou du crachin toute la journée. La brume du matin commençait tout juste à se lever.

« Hey ! » beugla America, mi-trottant, mi-courant vers moi. Elle me fit de grands gestes, son sourire brillant constituant le seul soleil. Elle s’arrêta devant moi, en tenant les lanières de son sac au niveau de sa poitrine et en respirant bruyamment. « Les filles de la sororité sont en train de devenir folles ! J’adore ça. »

« Qu’est-ce tu veux dire ? »

« A propos de Travis… et de toi. Tout le monde ne parle que de ça. »

Je sentis mes joues rougir. « Super… » Je continuai sur le trottoir, et America me suivit.

« Moins de la moitié d’entre eux y croient. »

Je m’arrêtai brusquement. « Croire à quoi ? Que nous nous sommes mariés ? Ou qu’il m’ait épousé ? »

Elle haussa les épaules. « Les deux. » Quand elle réalisa que j’étais offensée, elle rétropédala. « Mais allez. Regarde-toi. Bien sûr qu’il l’a fait. »

Je baissai les yeux vers ma chemise à carreaux en flanelle plus qu’ordinaire, ma veste couleur olive, mon jean moulant et mes bottes marron. Mes cheveux étaient aplatis et mouillés. Je n’arrivais pas à me rappeler si j’avais pris la peine de me maquiller avant de quitter l’appartement ou pas. Je jetai un coup d’œil autour de moi, remarquant les regards curieux et persistants des gens.

Quelqu’un siffla, et je me retournai, voyant la mer d’étudiants s’écarter pour révéler Travis se dirigeant vers moi. Il se mouvait avec confiance au milieu du trottoir, les mains dans les poches de son jean, portant un bonnet gris, un T-shirt des Ramones sous une chemise ouverte, et ses bottes de cuir noires, un petit extra pour crier davantage Ne te fous pas de moi, ou je te tue. Même avec une alliance au doigt, les gens s’arrêtaient pour le contempler. Travis était magnifique, suintant toujours le sexe et le charme, qu’il le veuille ou pas. Un coin de sa bouche se releva, son sourcil droit se souleva légèrement, et je déglutis, sentant des papillons dans mon estomac.

Il s’arrêta devant moi, me fixant du même regard que celui qu’il avait lorsque le maitre de cérémonie nous avait déclaré mari et femme. Travis n’avait même pas à me dire qu’il m’aimait, je pouvais le voir dans la façon dont il me regardait, dont il bougeait, l’entendre dans la manière dont il me parlait, même si ce qu’il disait n’avait rien à voir avec moi.

Il laissa échapper un rire en remarquant mon expression. « Qu’est-ce qui se passe dans ta tête ? »

Je secouai la tête et jetai mes bras autour de son cou.

« Poulette, qu’est-ce qu’il y a ? Tout va bien ? Tu vas bien ? »

« Je vais bien. » répondis-je doucement en pressant ma joue contre la sienne. Sentir sa barbe contre mon visage était réconfortant, comme l’était l’odeur de son eau de Cologne. « J’ai juste… » Je le relâchai et haussai les épaules. « Je t’aime. »

Il me scruta pendant un moment, un large sourire éclatant sur son visage. « Je ne m’habituerai jamais à t’entendre dire ça. » Il me tendit la main et m’emmena au parking.

Si les gens ne nous fixaient pas, ils faisaient semblant de ne pas le faire jusqu’à ce que nous passions. Je pouvais sentir les yeux curieux transpercer l’arrière de ma tête, et pouvais entendre leurs chuchotements concernant l’incendie, le mariage, et simplement le fait que Travis et moi marchions ensemble après notre scandaleuse rupture dont seul un petit campus comme Eastern pouvait se préoccuper.

Travis traversa la pelouse, ses bottes gargouillant dans la boue humide. Je sautai par-dessus les flaques et les trous, ravie quand mon mari me prit finalement dans ses bras et me porta sans que je lui demande. Je laçai mes doigts derrière sa nuque, incapable de ne pas sourire en voyant Travis radieux.

« Qu’est-ce qui te rend si heureux ? » lui demandai-je.

« Toi. »

« Non, c’est autre chose. Qu’as-tu fait aujourd’hui ? Tu as reçu des bonnes nouvelles ? »

Il me posa sur l’asphalte à côté de notre voiture, et chercha les clés dans sa poche. Il me les tendit. « A ton tour de conduire. »

« Moi ? Non. » lui répondis-je en secouant la tête.

Il grogna. « Poulette. Tu dois apprendre à un moment donné. »

« Je sais conduire. C’est juste que je n’aime pas ça. »

« Et si jamais j’étais au travail et que tu as besoin d’aller quelque part ? » Il ouvrit la porte côté conducteur et m’invita à m’installer.

Je refermai la porte. « Et bien je conduirai. Mais tu n’es pas au travail donc… hey. Tu en as trouvé un ? » 

« Pas encore. J’ai appelé un mec. Je ne pense pas que ça va marcher par contre. »

La brume se transformait en gouttelettes qui grossissaient à chaque seconde qui passait.

« Pourquoi pas ? » lui demandai-je.

Travis ouvrit la porte une nouvelle fois. « Va dans la voiture, Poulette. Il pleut. » Je haussai un sourcil et il soupira. « Ils embauchent à Iron E. »

« Tu aimes cet endroit, non ? » rétorquai-je.

« Bébé, rentre dans cette foutue voiture. Tu es déjà trempée. »

Je me dirigeai de l’autre côté de la voiture, mais il prit mon bras pour m’arrêter.

« Je ne conduis pas sous la pluie, Trav. Allez, je conduirai demain. »

Il fronça les sourcils. « Très bien. » Il glissa derrière le volant, puis enleva le frein à main et m’ouvrit la porte pendant que je contournai la voiture et me calai dans le siège passager.

Je tripotai le bouton pour monter le chauffage, puis Travis prit mes deux mains, les frottant et soufflant sur elles simultanément. Une vague d’air passa devant mes yeux, les asséchant. Travis était mécontent, deux lignes se creusaient entre ses sourcils.

« Qu’est-ce qui ne va pas avec Iron E ? » repris-je.

« J’aime la salle, mais pas le propriétaire. »

« Ce Brandon ? »

« Ouais » répondit-il à travers ses dents. « Sa femme est enceinte… comme si elle était sur le point d’accoucher. Il baise avec la réceptionniste, deux des entraineuses, des clientes… »

« Et alors ? »

« Et alors ? C’est une grosse merde, Poulette. Je ne veux pas travailler avec lui. Il s’en vante tout le temps. Il récolterait un coup de poing dans la gueule dès la première heure. »

« Est-ce que tu as d’autres pistes ? Nous avons un loyer à payer, bébé. »

Travis soupira et regarda à travers la vitre striée de pluie. « Non. Et il m’a laissé entendre que tout ce que j’avais à faire était de poser ma candidature et que j’aurais le boulot. »

« Qu’est-ce que tu attends alors ? » lui répondis-je avec un rire surpris.

Travis se tourna vers moi avec un air sérieux. « Je viens de te le dire, Poulette. »

Je haussai les épaules. « Tu ne seras pas tout le temps avec lui. C’est simplement jusqu’à ce que tu trouves quelque chose d’autre, non ? »

« Il y a des filles. Des tas et des tas d’étudiantes. Et des femmes au foyer qui s’ennuient. Et… »

Je lui jetai un regard noir. « Es-tu en train de me dire que je ne peux pas te faire confiance ? »

« Putain non, c’est juste que c’est quelque chose dont je ne veux pas m’occuper. Brandon l’a dit lui-même… C’est un marché de chair fraiche. Il n’est pas mon mac. »

Je riai à gorge déployée.

« Ce n’est pas drôle » grommela Travis. « Je préférerais échanger des coups qu’avoir à faire à des cougars qui viennent à la salle. »

Je plaçai ma main contre son visage. « Je te fais confiance. Tu vas prendre ce travail. C’est de l’argent facile. » Je plongeai la main dans la poche et sortis le rectangle blanc mouillé. « Je pense que j’ai trouvé quelque chose également. Ils cherchent des tuteurs en maths. »

Travis n’était pas impressionné. « Si je me battais pour Benny, nous… »

« …ne serions pas ensemble. »

Travis baissa les yeux, l’air défait. « Je veux davantage pour toi, Abby. »

« Je ne veux pas louper ça, Trav. Je veux le petit appartement, les bons de réductions et manger des nouilles jusqu’au jour de paie. Je veux qu’on fasse les comptes ensemble et qu’on discute de notre budget hebdomadaire, et saisir un pull dans un magasin pour aussitôt le reposer sur l’étagère parce que tenir ta main est mille fois mieux que de tenir un sac rempli de vêtements. Je veux être impatiente d’aller au cinéma avec toi une fois tous les deux mois parce que cela devient une occasion spéciale au lieu d’être prévu. Je veux construire notre château brique par brique… juste toi et moi. Pas de voie facile. »

Son demi-sourire réapparut, et il s’appuya contre ma main. « Ouais ? »

« Absolument »

« En parlant d’être sur la paille… c’est la nuit de la bière pour une pièce au Red. Si nous commençons tous les deux à travailler chaque nuit, allons-nous défouler. »

Je fis un grand sourire. « J’en suis. » J’envoyai un SMS groupé à Shepley et America, et reçus immédiatement une réponse. Excitée, je roulai les épaules. « Shep et Mare nous rejoindrons là-bas à vingt heure trente. »

Travis sortit de la place de parking et se dirigea vers la route, allumant la radio et me chantant la sérénade tout le long jusqu’à la maison.

 

Episode Seven: The New Normal

eb-newnormal-mcguire-fr.jpg

Ep7 : La nouvelle normalité

Le Red était une machine à remonter le temps. Passer la porte d’entrée, mes talons aiguilles cliquetant contre le sol poisseux, et tenir fermement la main de Travis alors qu’il se frayait un chemin à travers le club bondé me donnaient l’impression de retourner dans le passé, avant l’enquête, avant le mariage, avant l’incendie. Les filles étaient à peine couvertes avec leurs brassières métalliques et leurs micros mini-jupes, jouant avec leurs cheveux pendant qu’elles parlaient à n’importe quel garçon idiot qui allait leur offrir un verre.

Le Red était un marché de chair fraiche, chacun se mettant volontairement en avant afin d’attraper le regard de quelqu’un, n’importe qui, ou pour que des couples puissent annoncer ou réaffirmer leur appartenance l’un à l’autre. Il y avait l’occasionnel qui aimait juste danser, ou jouer au billard, mais les humains avaient besoin de leurs semblables, et le Red était juste assez rempli, sombre et bruyant pour voir et être vu sans jugement.

Les haut-parleurs vibraient avec la musique, pulsant comme le sang à travers un cœur. Avec ma main libre, je pressai mes doigts contre la poitrine pour essayer d’atténuer le son qui se répercutait dans ma cage thoracique. Les bouches étaient en mouvement, mais l’unique bruit était la musique, tout le monde parlant le même langage, chantant la même chanson.

Alors que nous nous approchions du bar, Travis salua Camille, et cette dernière chassa deux mecs des tabourets placés directement en face d’elle. Elle nous fit un grand sourire tandis que nous nous asseyions, tout en essuyant le bar en bois devant nous. 

« Je me demandais si vous reviendriez ici tous les deux. »

« Pourquoi on ne l’aurait pas fait ? » demandai-je en la regardant décapsuler deux bières et les placer devant Travis et moi.

Camille croisa les bras. « J’sais pas. Vous êtes mariés désormais. Je pensais que cela vous aurait changé miraculeusement d’une certaine manière, je crois. »

« Nous aimons toujours boire et voir nos amis. » répondit Travis, en entrechoquant sa bière contre la mienne. Il embrassa le coin de ma bouche avant de prendre une gorgée rapide et de surveiller la salle.

« Où est Trent ? »

Camille regarda sa montre et nous répondit en s’éloignant. « Devrait être sur le chemin maintenant. »

Je contemplai Camille travailler, prendre deux ou trois commandes à la fois, les remplir, recevoir l’argent et puis recommencer. Le bar était archicomble, avec trois rangées de personnes. Si nous ne connaissions pas Camille, nous aurions pu attendre toute la nuit pour un siège. Les tables étaient toutes remplies aussi, comme les billards et la piste de danse.

Deux mains froides attrapèrent mes épaules, et je me retournai pour recevoir un câlin d’America. Des boucles d’oreilles géantes se balançaient de ses oreilles, et ses cheveux étaient rassemblés en un chignon lâche. Son haut exposait une de ses épaules. Elle arborait le style glamour sans effort.

Camille se retourna. « Les gars, vous voulez une table ? Je peux faire en sorte que Reagan vous en débarrasse une. » Elle nous fit un clin d’œil. « Elle adore faire sa garce. »

« Nan, c’est bon. » répondit Shepley alors qu’il serrait la main à son cousin.

America ne perdit pas de temps à m’entrainer vers la piste de danse. J’échangeai des regards avec mon mari à plusieurs reprises, le regardant me regarder et ignorer les quatre femmes qui tentaient de flirter avec lui.

Quand je revins à mon tabouret, Travis glissa son doigt le long de mon bras, appréciant l’humidité de la transpiration sur ma peau. Il se pencha pour embrasser mon épaule, ponctuant chaque baiser d’un coup de langue.

Je me mis debout et me penchai vers lui. « Nous n’allons pas rester longtemps si tu continues de faire ça. »

Travis me regarda avec un sourire en coin. « Promis ? »

J’embrassai le haut de sa tête, et il m’entoura de sa main pour me peloter les fesses. Il regardait la foule, amusé par les jeux auxquels jouaient les gens, l’évaluation, le flirt, le jeu du chat et de la souris, et la manipulation… tout ce que nous avions fait durant une année avant notre mariage.

Travis me tapota le dos et se redressa. « Je vais aux chiottes. T’as besoin de quelque chose ? »

Je levai un sourcil. « Des toilettes des hommes ? Non. »

Travis ricana et posa sa bière vide sur le bar. « Ca ne te dérangerait pas de m’en commander une autre ? »

« Pas du tout » lui dis-je en pressant mes lèvres contre les siennes lorsqu’il se pencha pour un baiser rapide.

Shepley tendit sa bière à America.

Elle secoua la tête. « Je ne sais pas pourquoi tout le monde dit que les filles vont aux toilettes en groupe. Les mecs font pareil. »

Shepley haussa les épaules. « Je veux juste être sur qu’il ne va pas se battre pendant qu’il sera là-bas. »

« Il n’a pas besoin d’un babysitter. » rétorqua America.

Shepley fit une grimace, comme si America aurait du savoir. « Si en quelque sorte. »

Les garçons disparurent dans la foule, et America se tourna vers moi. « Alors » dit-elle en passant ses doigts dans ses cheveux. « Est-ce que cet endroit semble différent maintenant ? »

« Pourquoi tout le monde n’arrête pas de me demander ça ? » m’énervai-je. « Je me suis mariée, je n’ai pas eu de lobotomie. »

America éclata de rire et prit une gorgée de son cocktail, clignant des yeux lorsqu’elle remarqua deux étudiants s’approcher. « Et merde. »

« Quoi ? » demandai-je.

« Ils ne sont même pas partis cinq foutues secondes et nous devons déjà repousser quelqu’un. » se plaignit-t-elle.

« Ils ne viennent pas par ici. » lui dis-je. « Et puis Travis ne va pas commencer à s’embrouiller avec quelqu’un simplement pour m’avoir parlé. Il a dépassé ça. »

America me fixa, pas impressionnée ni convaincue. « Tu as raison. Avant tu étais sa petite amie. Maintenant tu es juste sa femme. »

« Hey » dit le premier mec. Sa tête était complètement rasée, il avait à peu près ma taille, avec un cou fin et des oreilles disgracieuses. Définitivement un lutteur. « Vous semblez… »

« Pas seules. » interrompit America. « J’ai un copain et elle est mariée. » en me pointant du doigt.

Le lutteur eut un petit sourire satisfait, jeta un coup d’œil à son ami beaucoup plus grand, puis revint à nous. Super. Il était l’un de ces gars qui pensaient qu’une femme prise était un challenge. « Salut mariée, je suis Ricky. »

America lui grogna dessus. « Hilarant. Est-ce que tu es aussi de 1984 ? Qui appelle encore leur enfant Ricky ? »

« Mare ! » sifflai-je. Elle était grossière inutilement.

Ricky n’était pas perturbé. « Et lui c’est Joel. Ravi de vous rencontrer toutes les deux. »

« Nous ne vous avons pas donné nos noms, donc techniquement nous n’avons pas fait connaissance. » répliquai-je.

« Je m’excuse. » répondit Joel. « Est-ce qu’on vous a offensé de quelque manière que ce soit ? »

Je baissai les yeux, honteuse. « Désolée. Non, pas du tout. Nous essayons simplement de vous décourager. Nos petits am… mon mari et son petit ami sont ici, et ils seront de retour dans une minute. »

« Et alors ? » dit Ricky.

Je soupirai. « Mon mari n’apprécie pas que des hommes bizarres viennent me parler. »

« Oh il est jaloux ? » dit Joel. « Ca doit être fatiguant. »

« Pas vraiment. » répondis-je. « Merci d’avoir dit bonjour, mais vous devriez partir. »

« Je suis bien ici. » Ricky répondit avec un petit sourire.

Je roulai des yeux. America avait raison. Au moment où Travis reviendrait, il y aurait une confrontation et notre nuit festive serait finie. Aucun de ces mecs ne semblait assez intelligent pour partir lorsque Travis leur dira de s’en aller.

Ricky mit une main dans sa poche, regardant autour de lui pendant qu’il sirotait sa bière. Je compris aussitôt qu’il n’essayait pas vraiment de flirter avec nous, ou même tenter de nous parler. Il semblait attendre que Travis et Shepley reviennent. Je le fixai intensément, devenant de plus en plus suspicieuse à chaque seconde qui passait.

« Êtes-vous un flic ? » demandai-je.

Les deux hommes se retournèrent pour me faire face, surpris. « Quoi ? » demanda Ricky.

« Si vous êtes flics, vous devez me le dire. » insistai-je.

America tordit son cou vers moi, la confusion peinte sur son visage.

Joel gloussa. « Non. Pas un flic. »

« Et vous alors ? » demandai-je, baissant le menton et fixant Ricky d’un œil noir.

Ricky m’inspecta des yeux aux genoux et recula. Il n’était pas du tout intéressé par moi. Il m’évaluait, tentant de comprendre comment une fille de dix-neuf ans pouvait l’identifier. Il était là pour Travis.

Il ne répondit pas, donc je fis un pas vers lui. « Dégagez. Si vous voulez lui parler, vous devrez l’arrêter. »

Ricky se pencha. « Ce qui peut s’arranger. Il n’a même pas vingt ans et il boit dans un bar. Je parie que vous avez tous de fausses cartes d’identité. »

Je plissai les yeux et me pencha encore plus. « Et bien qu’attendez-vous ? »

« Qu’est-ce qui se passe ? » America demanda, alarmée. « Que voulez-vous ? »

Joel se redressa et regarda autour de lui, ayant enfin la tête de l’emploi. Il n’était pas du tout un étudiant. Il était vraisemblablement un novice, assez jeune pour être assigné pour nous tromper.

Un bras solide s’enroula autour de mon cou, et Travis embrassa ma tempe. « Hey, bébé. » Comme prévu, il jeta un regard noir aux deux hommes se tenant devant nous. « C’est qui ? »

« Qui ? » demanda America, jouant l’idiote.

Travis ne trouva pas ça drôle. Il pointa Joel et Ricky du doigt, si c’étaient vraiment leurs noms. « Ces clowns. »

Ricky lâcha un rire. « Des clowns ? Nous ne parlions pas à vos salopes. Calme-toi. »

« Oh, tu es foutrement brillant. » répondit Shepley, en enlevant déjà sa veste.

Avant que je puisse leur crier d’arrêter, Travis m’avait déjà laissé et se précipitait vers Ricky, le plaquant au sol. Comme d’habitude, le reste du bar s’en mêla, des idiots bourrés qui trainaient en cherchant la bagarre et qui venaient justement d’en trouver une.

America me retint en arrière de la montagne grandissante de coups de poing. Alors que j’essayais de trouver mon mari, je ne pouvais m’empêcher de me demander quel était le but de l’entrainer dans une bagarre. Ricky avait déjà admis qu’ils pouvaient l’arrêter pour avoir bu en étant mineur.

Alors que la lutte grandissait, America et moi-même étions collées au bar. Camille nous rejoignit, essayant de nous faire passer de l’autre côté avant que nous soyons écrasées.

« Shep ! » beugla America alors que je la poussai par-dessus le bar pendant que Camille la tirait. « Shepley ! »

Une fois qu’America fut en sécurité à côté de Camille, je traversai par-dessus aussi. Travis était nulle part, et plus il était hors de mon champ de vision, plus je m’inquiétais. Je n’étais pas certaine de ce que voulaient ces hommes. Cela pouvait être des flics, le FBI, pu pire… envoyés de Vegas. Benny était toujours mécontent que Travis ait refusé son offre.

« Travis ! » criai-je.

Les videurs poussèrent à travers la foule, séparant les humains qui se comportaient comme des animaux, Travis inclus.

« Travis Maddox ! »

Travis se redressa en essuyant le sang de sa lèvre du revers de la main, et en souriant aux hommes toujours au sol. Son visage arborait un air satisfait, ses yeux étaient brillants. Les combats lui manquaient. Shepley le tira par la chemise, et Travis recula, puis se tourna vers le bar pour me chercher. Il me fit passer de son côté et me reposa sur mes pieds.

« Tu vas bien ? » me demanda Travis.

Je fronçai les sourcils mais il ne semblait pas désolé. Se battre sera toujours dans son sang, et cela me rendait nerveuse. La foule s’agita, et Travis se plaça devant moi, dans une posture défensive comme si les hommes qui se contorsionnaient de douleur par terre étaient encore une menace. Les videurs les raccompagnèrent dehors, signalant à Travis et Shepley qu’ils devaient partir également.

Camille nous rejoignit et se pencha pour parler à Travis. « Tu continues ces conneries, Travis, et Jori te bannira de cet endroit pour de bon. »

« Elle dit ça à chaque fois. » répondit Travis avec un rictus, essuyant sa bouche encore une fois.

« Est-ce que tu… saignes ? » lui dis-je en le tournant vers moi. Travis ne prenait pas de coup à moins qu’il ne l’ait permis. C’était son truc. Je n’avais pas l’habitude de le voir en sang, et cela rendit ma paranoïa encore pire.

« Ouais » dit Shepley. « Je pense lui avoir donné un coup de coude par accident. »

Je levai un sourcil. « Tu n’as pas vu ça venir, hein ? »

Travis grimaça. « Si, mais j’étais dans une bonne position, en train de frapper cette petite larve qui t’a appelé toi et Mare des salopes… donc je ne me suis pas fatigué à esquiver. »

« Allez les gars. N’attendez pas que les videurs vous escortent dehors. » intervint Camille en tapant sur l’épaule de Travis.

Je soupirai. Je ne pouvais pas blâmer Travis, mais j’étais aussi déçue. Nous marchâmes avec Shepley et America jusqu’à nos voitures qui étaient garées l’une à côté de l’autre dans le parking.

« Est-ce que tu as compris qui c’était? » me demanda America.

« Non mais je le saurai. »

« De quoi vous parlez ? » nous interrogea Shepley en rajustant sa chemise.

« Ces mecs étaient bizarres. » répondit America. « Ils sont venus pour nous parler, mais après leur avoir dit que vous alliez revenir, ils sont restés plantés là. Presque comme s’ils vous attendaient. »

Travis et Shepley échangèrent un regard.

« Est-ce que vous les avez déjà vus ? » demandai-je.

Travis fit une grimace. « Non. Et j’espère vraiment ne jamais les revoir. »

« C’est ce qu’il dit. » répliqua America. « Il savait que cela ferait péter un câble à Travis. Cette affaire est vraiment étrange. Quelque chose se prépare. »

« Vous deux devriez arrêter de regarder ces émissions sur le crime sur Netflix. Vous devenez complètement paranos. » dit Travis en me regardant.

Je fronçai les sourcils. « Mare a raison. Quelque chose se prépare. Nous devons trouver ce que c’est. »

Trais regarda Shepley qui haussa les épaules. « L’un d’eux avait un porte-clés de l’université Parkland. Ce sont simplement une paire de suceurs arrogants venant de Champaign qui n’ont jamais rencontré un Maddox. »

Je levai un sourcil vers Shepley. Je pensai que j’étais l’observatrice dans le groupe.

Travis enleva sa veste et la drapa sur mes épaules. Je n’avais pas remarqué jusqu’à cet instant que je frissonnais. « Tu sais ce dont on a besoin ? » me dit-il en embrassant ma joue. « Nous avons besoin de tourner la page. Je ne vais pas passer ma vie à regarder par-dessus mon épaule, Abby. Je ne veux pas non plus que tu le fasses. Je vais appeler pour ce boulot la semaine prochaine, et tu vas commencer à donner des cours. Ils clôtureront l’enquête et tout sera fini. »

J’acquiesçai, saluant America lorsque Travis ouvrit la porte côté passager. Je me glissai à l’intérieur, ennuyée de toujours trembler. Je n’avais pas si froid, j’étais nerveuse. Joel et Ricky étaient venus pour déclencher une bagarre avec Travis. J’avais besoin de savoir pourquoi.

Travis resta debout à coté de ma porte et alluma une cigarette, posant sa main contre la fenêtre. Je pressai ma paume contre la sienne, et il me fit un clin d’œil en rejetant de la fumée. Il prit quelques bouffées, puis pinça le bout de la cigarette, écrasant la cendre dans les graviers avec sa botte, et fourra le mégot dans sa poche. Il fit le tour de la voiture, et Joel et Ricky apparurent de visu. Ils se tenaient dans un coin sombre du parking, fixant la Camry. Ricky et moi ne nous quittâmes pas des yeux, et il me signala à Joel mais ne détourna pas le regard. Je baissai le menton et levai la main, affichant mon majeur en évidence.

Travis ouvrit la porte et j’abaissai mon doigt d’honneur, lui souriant pendant qu’il démarrait et plaçait sa main sur mon genou pendant qu’il roulait vers la route. Les hommes se retirèrent dans l’ombre, hors du champ de Travis, mais je savais qu’ils étaient là.

« Tout va bien, bébé ? » me demanda Travis. « Je suis désolé. Je savais que tu attendais ce soir avec impatience. »

« Je ne suis pas furieuse. » lui répondis-je, laissant la suspicion et la préoccupation disparaître de mon visage lorsque je tournai la tête vers mon mari. « Je vais bien. Vraiment. »

« Tu penses toujours que ces mecs sont des agents du FBI ripoux ou quelque chose de ce genre ? » me taquina-t-il.

L’anniversaire de Travis arrivait dans quelques jours, et je savais qu’il avait déjà pensé à se rendre. Il y avait des tas de raisons de mentir. Je regardai le rétroviseur à travers la fenêtre, remarquant qu’une paire de phares nous suivait à moins de deux kilomètres derrière nous. « Non, je ne pense pas qu’ils soient qui que ce soit. Fausse alarme. »

Travis tapota mon genou et nous conduisit vers l’appartement, souriant comme si rien n’avait changé, et je souris avec lui.

 


 

Episode Eight: Cake

eb-cake-mcguire-fr.jpg

Ep8 : Gâteau

 

:: Abby ::

 

Je jetai un coup d’œil au contenu à l’intérieur de la vitrine en verre. Tandis que ma bouche salivait, je me demandais quel gâteau préfèrerait Travis. Après deux heures, j’avais réduit mes choix à trois : un gâteau avec de la crème au beurre et un glaçage chocolat, un Napolitain, également avec un glaçage chocolat, ou une pièce montée. Travis avait fait toute une histoire du gâteau de notre mariage à Vegas, donc je savais qu’il aimait le blanc sur blanc aussi.

 

« Bon Dieu, Abby, choisis-en un ! » s’exclama America d’un ton ennuyé. Elle tira une bande de chewing-gum rose de sa bouche et l’enroula autour de son doigt. « Je déteste penser au temps que tu vas mettre pour choisir un gâteau de mariage si ça te prend aussi longtemps pour sélectionner un simple gâteau d’anniversaire pour Travis. »

 

Je ne quittai pas des yeux le contenu de la vitrine, qui incluait pâtisseries, cupcakes, gâteaux ronds, rectangulaires, tous décorés différemment pour chaque personnalité qu’on pourrait imaginer. « Un gâteau de mariage c’est pour les invités. Celui-ci est pour Travis. Je dois tomber juste. »

 

America soupira.

 

Je fronçai le nez. « Qu’est-ce qu’il se passe, Mare ? Pourquoi es-tu aussi grincheuse ? »

 

Elle mordilla le chewing-gum autour de son doigt, puis croisa les bras. « Ils ne l’acceptent pas. »

 

« Qui n’accepte pas quoi ? »

 

« Mes parents. Ils disent que si Shep et moi emménageons ensemble, ils ne paieront pas ma fac. »

 

J’étais surprise. Les parents d’America n’étaient pas vraiment protecteurs, mais ils tenaient à soutenir tout ce qui rendrait leur fille vraiment heureuse. Si America voulait continuer l’université, je ne comprenais pas quelle serait la différence. Elle passait pratiquement toutes ses nuits avec Shepley. « Je suis… Je suis désolée. Je ne savais pas. »

 

Elle haussa les épaules. « Comment aurais-tu pu ? »

 

Je serrai ma meilleure amie dans mes bras. « Il n’y a aucune urgence, tu sais. Shepley peut rester autant qu’il veut. »

 

« Il emménage dans les dortoirs. »

 

« Quoi ? Quand ça ? »

 

« Pour le semestre à l’automne, mais… Je retourne à Wichita pour les vacances d’été. Il panique un peu. Moi aussi... Et je sais de quoi ça a l’air, ok ? Je ne suis pas du genre à m’inquiéter si je passe trois mois loin d’un mec. Normalement, ce serait une bouffée d’air frais. Mais je ne veux pas qu’il me manque. Depuis qu’on a rompu… C’est différent, tu vois ? Je l’aime vraiment beaucoup, Abby. »

 

Je la serrai plus fort puis l’éloigna assez loin pour la regarder dansles yeux. « Reste avec nous, Mare. Tu le fais de toute façon. » Je souris. « Ce sera amusant. »

 

Elle secoua la tête. « Ils ne me laisseront pas. »

 

« Pourquoi ? » demandai-je, frustrée.

 

« Papa dit qu’il ne veut pas qu’on passe aux choses sérieuses trop vite. Je comprends leur inquiétude, mais ça craint quand même. »

 

« Tu peux toujours le faire, tu sais. Trouve un boulot, et nous déménagerons tes affaires. »

 

Les yeux d’America se fermèrent. « Facile à dire pour toi. Tu as une bourse d’étude. Eux payent pour mes frais de scolarité. Si je veux que ça continue, je dois suivre leurs règles. »

 

« C’est équitable. Mais tu peux venir me rendre visite tous les weekends, non ? Ils te laisseront au moins venir me voir. »

 

« Ouais. Ouais bien sûr. » Elle se détacha de moi et essuya son nez. Elle sourit et hocha la tête. « Mon Dieu, c’est stupide. Il y a tant de choses plus graves qui se passent dans le monde. »

 

« Pas à toi, et pas maintenant. C’est normal d’être inquiète d’être séparée de Shep durant trois mois. Tu as raison, ça craint. »

 

Son sourire s’élargit. « Merci. »

 

« Pour quoi ? »

 

« Pour ne pas me faire sentir comme une conne. »

 

America me poussa du coude pour rire alors qu’une femme derrière le comptoir s’arrêta devant nous avec un sourire. Je pressai mon index contre la vitre, désignant le gâteau blanc. « Il faudrait écrire Joyeux 20ème anniversaire Travis. »

 

« En fait » interrompit America. « Est-ce que vous pouvez écrire Putain de joyeux 20ème anniversaire Travis ? »

 

La femme sourit. « On dirait une fête très drôle. »

 

J’arborais la même expression. « Elle le sera. »

 

*****

 

« Tonneaux de bière. Glaçons. Verres. Musique. Gâteau… » listai-je en désignant les différents éléments. « Il nous manque quelque chose. Je sens qu’il nous manque quelque chose. »

 

America croisa les bras, indifférente à mon niveau de stress. « Si tu compares les années précédentes, je dirais qu’il te manque au moins deux douzaines de pouffiasses. »

 

Je lui jetai un regard noir. « Très drôle. »

 

America ricana et renifla, puis traversa la salle, attrapant un petit ballon et l’amenant à ses lèvres. Ses joues gonflèrent et son visage devint rouge.

 

Je regardai ma montre. « Moins d’une heure. » J’observai l’extérieur. « Pourquoi personne n’est encore là ? »

 

« Entrainement de printemps » répondit America.

 

Je murmurai le mot Merde puis me figeai lorsque j’entendis une agitation juste derrière la porte.

 

« J’ai dit… Non ! Stop ! Putain, arrête, Travis ! » hurla Shepley alors qu’il tombait à  la renverse de la porte au sol du salon.

 

Travis se tenait debout sur le pas de la porte en respirant bruyamment, un large sourire sur son visage. « Chérie, je suis rentré ! »

 

Ma bouche s’affaissa, et comment dans ce qui semblait être un mouvement au ralenti, j’ai crié le mot Non !

 

« Pourquoi est-ce qu’il est là ? » dit America à son petit ami avec un ton accusateur dans la voix.

 

Shepley se releva et s’époussiéra, le visage rouge et ennuyé. « A la seconde où j’ai essayé de l’emmener ailleurs que chez lui, il savait, ok ? J’ai fait ce que j’ai pu ! »

 

Travis sourit de toutes ses dents, mais son expression se dissipa quand il vit la mienne.

 

« Tu ne pouvais pas simplement faire semblant ? Tu devais forcer le passage pour ruiner tous mes plans ? » me plaignis-je. Je n’essayais même pas de cacher mon humeur. C’était injuste.

 

« Bébé » répondit Travis, en poussant Shepley sur le côté lorsqu’il marcha vers moi, les bras ouverts.

 

« Non » refusai-je en l’écartant. « Ne me touche pas. Non ! » répétai-je en boudant. « Est-ce que tu sais depuis combien de temps j’ai organisé ça ? Je n’ai pas couru dans tous les sens pour essayer de gâcher ma fête surprise ! »

 

« Non » répliqua Travis, m’enfermant dans ses bras musclés et tatoués. « Parker l’a fait. »

 

Je fronçai les sourcils et le repoussa. « J’étais quand même surprise ! Tu as quand même réussi ton coup ! Dégage ! »

 

Travis se pencha pour m’embrasser sur la joue. « Je voulais rentrer à la maison et voir ma femme, dont je savais qu’elle avait travaillé dur pour rendre mon anniversaire spécial. »

 

« Et puis qui l’a gâché ! »  grondai-je, toujours en le poussant. Je ne savais pas pourquoi j’essayais… il ne bougeait pas d’un pouce.

 

America enlaça Shepley, puis l’embrassa sur la joue. « Est-ce que tu n’es jamais fatigué qu’il t’entraine dans les problèmes ? »

 

Shepley lissa ses cheveux, ses sourcils froncés. « Il aurait volé ma voiture et m’aurait laissé dans le parking si je n’avais pas sauté côté passager. »

 

« Oh ! » réagit America, incapable de s’arrêter de rire.

 

Les bras de Shepley étaient croisés, et il essayait de s’écarter, mais pas trop fort.

 

Travis attrapa mon menton et me força à le regarder. Une fois que nos yeux se croisèrent, j’arrêtai de gigoter.

 

« Merci » dit-il en embrassant mes lèvres déjà gonflées. Il se recula, et je me sentis un peu désorientée par le baiser et par mon mouvement d’humeur futile.

 

Quelqu’un frappa à la porte, et Jason Brazil ouvrit et entra, s’arrêtant brusquement quand il vit Travis se tenant au milieu de l’appartement à moitié décoré. « Oh merde. On est en retard ? »

 

« Ouais » répondis-je en jetant un ballon sur Travis. « Et il a des problèmes. »

 

« Pas du tout » répondit Travis, moitié joueur, moitié ennuyé.

 

« Est-ce que euh… » bégaya Brazil « la euh… la fête est toujours maintenue ? »

 

« Oui. Je ne peux pas vraiment annuler dix minutes avant alors que quarante personnes sont supposées être là. » grommelai-je.

 

« Quarante ? » dit Travis. « C’est tout ? »

 

« Moins les pouffiasses » expliqua America. 

 

Travis ne trouva pas ça drôle.

 

Deux filles arrivèrent derrière Brazil, avec trop de bronzage, une tonne de maquillage, et de faux bonnets D gonflant leurs Tshirts serrés et fortement décolletés.

 

« Poisson d’avril ! » s’exclama America en fusillant du regard nos invitées importunes. « Les pouffiasses sont arrivées. »

 

Les filles de la sororité froncèrent leurs nez en direction d’America, mais ne lui prêtèrent plus trop d’attention après ça. Elles suivirent Brazil pendant qu’il cherchait le tonneau de bière, puis rirent lorsqu’il le tint en l’air bien haut.

« Trouvé ! » cria-t-il en le secouant comme un bébé avec un jouet dans son parc.

 

Brazil et ses amies aidèrent à finir de décorer en gonflant les ballons et en accrochant les banderoles. Davantage de personnes débarquèrent et se joignirent à nous. Plus Travis nous aidait, plus j’étais déçue. Pas par lui, mais par moi-même. J’avais mon fameux visage impassible, je pouvais piquer des milliers de dollars à des vétérans de Vegas, mais je n’ai pas réussi à organiser une petite fête d’anniversaire à mon mari.

 

Alors que le soleil se couchait, les derniers invités arrivèrent : Trenton et Camille. Trenton aida sa petite amie avec son manteau, puis se tourna pour serrer son petit frère dans ses bras. « Joyeux anniversaire Ducon ! »

 

« Hey » me salua Camille en m’enlaçant. « Tu sembles bien. » Elle avait le nez percé depuis la dernière fois que je l’ai vue, et ses cheveux avaient des mèches noires. Plus elle travaillait pour Skin Deep, plus elle avait l’air débridée et j’étais certaine que Trenton adorait ça. Je souris. Toute l’encre et tout le maquillage lui allaient bien. Elle était amoureuse et ne pouvait pas être plus heureuse.

 

« Quoi ? » demanda-t-elle.

 

« Rien. » répondis-je. Mon sourire disparut. « Travis est rentré tôt. »

 

« C’est tout lui. » dit Camille avec un sourire en coin. Elle était dans sa tenue de barmaid et allait vraisemblablement travailler après la fête de Travis. Elle fit un clin d’œil à ce dernier, puis lui tendit une bouteille de whisky avec un ruban autour du goulot.

 

Travis l’embrassa sur la joue. « Merci ! »

 

« Hey ! » s’interposa Trenton, en fronçant les sourcils et en poussant Travis à l’épaule. « Enlève tes lèvres de merde de ma nana ! »

 

Travis leva les mains en l’air. « D’accord, d’accord. Je voulais juste la remercier. »

 

J’enfonçai vingt bougies dans le glaçage du gâteau, puis partis dans la cuisine pour chercher un briquet. Après avoir ouvert les tiroirs l’un après l’autre, je revins les mains vides. « C’est ridicule. » sifflai-je. « Je suis mariée à un fumeur d’un paquet par jour, et nous n’avons pas de briquet ? » Travis actionna son briquet et tint la flamme devant mon visage. Je fis une pause, puis l’arracha de ses mains. « Merci » lui dis-je calmement, en revenant à l’endroit où tout le monde était réuni, les assiettes déjà en main.

 

Alors que j’allumais les mèches, America éteignit les lumières et Travis se plaça près du bar devant son gâteau, souriant aux mots dessinés avec du glaçage sur le dessus. Il glissa ses bras autour de ma taille, frottant son nez contre mon cou alors que chaque flamme vacillait.

 

« Beau gâteau » me murmura-t-il.

 

Putain de joyeux 20ème anniversaire Travis

 

« Contente que tu l’apprécies. Le juron était l’idée d’America. »

 

Travis leva sa main et la claqua contre celle d’America. « Bien joué. »

 

America hocha simplement la tête, ses bras croisés au niveau de sa taille en tenant les mains de Shepley. Il était derrière elle, se balançant légèrement pendant qu’ils nous regardaient. Il avait un sourire très doux sur son visage. Je n’étais pas certaine de ce à quoi il pensait, mais je savais que c’était au sujet d’America.

 

Nous chantâmes Joyeux anniversaire, puis Shepley mit de la musique.

 

Nous avons dansé, bu, et la police ne se montra qu’une fois. La moitié de l’équipe de football était présente, ainsi que la plupart des membres de sa fraternité de Sig Tau. Jim, Thomas, Taylor et Tyler appelèrent à différents moments, mais à tous les coups, Travis allait dehors pour fumer et discuter avec sa famille. J’embrassai Travis à chaque fois qu’il sortait, et cela me rappelait tout le temps mon anniversaire, comme il était tendre cette nuit-là, et comme c’était difficile de ne pas tomber amoureuse de lui, donc nous nous embrassions beaucoup. A un moment, Travis m’emmena dans le couloir et enlaça ses doigts derrière ma nuque, impatient de poser sa bouche chaude sur moi. Il avait le goût de la bière bon marché et du sucre, et je l’attirai plus profondément dans ma bouche.

 

Alors que je pensais qu’il allait me soulever dans ses bras et me porter jusqu’à la chambre, le rythme de sa bouche ralentit. Il se recula, embrassa ma joue puis murmura à mon oreille. « Je suis surpris que tu n’aies pas encore préparé des shots pour moi. »

 

« Je ne pensais pas que tu étais aussi désespéré de gagner de l’argent. »

 

« Je le serai si je n’ai pas ce boulot. »

 

Je lâchai un rire. « Tu l’auras. Tu dois juste y aller et l’accepter. »

 

Travis jeta un coup d’œil autour, puis retourna son attention vers moi.

 

« Qu’est-ce qu’il y a ? » lui demandai-je.

 

« Je veux être sûr qu’ils ne bousillent pas l’appart. »

 

« Ohhh écoute-toi. Un vrai adulte. »

 

Travis fronça les sourcils. « Je n’ai jamais organisé de fête ici… parce que je ne voulais botter les fesses de quelqu’un pour l’avoir détruit. »

 

Je touchai sa joue. « Juste un donjon de l’amour, hein ? »

 

Le visage de Travis se tordit de dégoût. « Un quoi ? »

 

Je rigolai. « Rien du tout »

 

« Oh, tu fais des blagues. » dit-il, en me pinçant avec ses doigts.

 

Je courus dans le salon en gloussant et en me cachant derrière America. Travis m’a seulement poursuivi quelques secondes avant qu’une chanson lente ne sorte des haut-parleurs : ma chanson préférée. Notre chanson. Travis m’attira dans ses bras. Nous nous balancions durant quelques instants avant que qu’il ne se serra plus fort.

 

« Tu m’as en quelque sorte dit que tu m’aimais pour la première fois lorsque nous avons dansé sur cette chanson à la fête d’anniversaire. » dit-il.

 

« Quoi ? » répondis-je en me reculant pour le regarder dans les yeux. Il n’y avait pas d’amusement dans ses yeux. « Non, je ne l’ai pas fait. »

 

« Si. Tu étais complètement bourrée mais tu l’as dit. Enfin, en quelque sorte. Tu as dit que dans une autre vie, tu pourrais m’aimer. »

 

Je souris, me plongeant dans ses iris bruns chauds. Je me souvenais la première fois que je les avais vus dans le sous-sol d’un bâtiment sur le campus. Il était en sueur et couvert de sang, mais ses yeux semblaient familiers. « Qu’est-ce que tu as répondu ? Tu ne t’es pas enfui en courant ? »

 

Il secoua la tête, son regard devenant plus intense. « J’ai dit que je pourrais t’aimer dans cette vie-là. »

 

« Ah oui ? » répondis-je, touchée. C’était pratiquement six mois auparavant, et il ne me l’avait jamais raconté. « Donc, tu l’as dit le premier. Tout ce temps… Je pensais que c’était moi. »

 

« Non » rit-il. « Ça n’a jamais été toi. Je l’ai définitivement dit en premier. Même après ton anniversaire. »

 

« Non » niai-je. « C’était la nuit durant laquelle j’étais supposée sortir avec Parker. »

 

Il secoua la tête. « Non bébé. Je ne peux pas croire que tu ne t’en souviennes pas. »

 

« Si je m’en souviens. Je l’ai dit la première. Tu l’as juste admis. Je l’ai dit le jour de la mon anniversaire. »

 

« Tu l’as dit en quelque sorte. M’aimer dans ta prochaine vie ne compte pas. »

 

« Et bien » dis-je, en levant mon menton et en me sentant victorieuse. « Bienvenue dans notre prochaine vie. »

 

Il s’arrêta au milieu de l’appartement. Ses épaules retombèrent, et ses yeux me transmettaient tellement d’amour et d’adoration que mes joues rougirent. « N’est-ce pas heureux » dit-il en me serrant dans ses bras. Il cala son menton au creux de mon cou, le forçant à se voûter. « Obtenir mon vœu d’anniversaire avant de l’avoir fait. »

 

Je pressai ma joue contre son oreille, écoutant les mots de notre chanson et savourant ce moment. « C’est ton premier anniversaire en tant que mon mari. »

 

« Meilleur anniversaire à ce jour » me répondit-il. « Et ne t’inquiète pas. Tu as le reste de nos vies pour tenter de me surprendre. »

 

« Tu peux compter dessus. » lui dis-je. « Nous avons plus d’un millier de surprises devant nous. » Toutes bonnes, j’espère.

 

Episode Nine: Compromised

eb-compromised-mcguire-fr.jpg

Ep9 : Compromis

:: Abby ::

« Bébé » dit Travis en enlevant sa veste et en la jetant sur le lit. « Je t’ai dit que j’étais désolé. »

« Je sais » lui répondis-je en ôtant mes talons.

Il avait fait deux faux pas en se faisant virer du Red durant le deuxième weekend ce mois-ci pour s’être battu. Au lieu d’être plus tranquillisé parce que nous étions mariés, n’importe quel mec qui me regardait par deux fois, m’offrait un sourire engageant, ou même tentait de me parler était une menace. Dans l’esprit de Travis, il protégeait sa femme désormais au lieu de sa petite amie. Les enjeux étaient plus importants, et pour lui, cela signifiait être plus sensible à n’importe quel manque de respect potentiel de l’alliance à mon doigt. Peu importe combien de fois j’ai essayé de lui expliquer que personne d’autre ne comptait, Travis voulait inévitablement menacer ou frapper tout inconnu avec un pénis qui me prêtait attention.

Nous nous déshabillâmes en silence, prîmes chacun notre tour dans la salle de bains, puis Travis me regarda grimper sur le lit à côté de lui. Je me glissai entre les draps, et quand il voulut se rapprocher de moi, je me tournai sur le côté, dos à lui. C’était un sentiment étrange, être furieuse contre lui, mais savoir que je ne pouvais plus me faire ramener par America à mon dortoir. Il n’y aurait plus de rupture, plus de bagarre qui mènerait à autre chose qu’à du sexe réconciliateur et au pardon. Une grosse partie de moi ressentait du soulagement, mais l’alliance autour de mon doigt semblait serrée à cet instant. Trop serrée.

Je l’enlevai et la plaçai sur la table de chevet.

Travis se redressa. « C’est quoi ce bordel ? » dit-il d’une voix forte.

Je ne me retournai pas pour lui faire face, mais le son de sa voix et son mouvement brutal me firent tressaillir. « C’est inconfortable pour dormir. »

Même avec mon dos tourné, je savais qu’il fronçait les sourcils. « Depuis quand ? »

Je soupirai. « Travis, s’il te plait. Je suis fatiguée. »

« Remets ta bague, Poulette. » Il ne demandait pas. Il suppliait.

Je déglutis. J’avais trois choix. L’ignorer, faire une déclaration d’indépendance et lui briser le cœur en même temps ; renoncer et continuer à mentir ; ou renoncer et lui dire la vérité, mais lui briser le cœur quand même. Je l’aimais plus que tout, mais j’avais seulement dix-neuf ans. Peu importe combien j’en avais envie, je n’étais pas prête à être mariée. La plupart du temps, quand j’étais particulièrement paniquée à cette idée, j’essayais de prétendre qu’on sortait simplement ensemble. Mais lors de moments comme celui-ci, je ne pouvais pas. Travis voulait ce niveau d’engagement, et je voulais Travis. Le mariage était finalement arrivé, mais psychologiquement, j’étais encore en train de m’habituer au sérieux du choix que j’avais fait.

« Abby » insista-t-il. « Tu as promis. »

Je pris le petit cercle de métal et le plaçai à mon doigt. Jim m’avait chuchoté à l’oreille un après-midi que le mariage n’était que compromis, mais parfois cela ressemblait à une contrainte infligée à soi-même. « Tu as raison. Je suis désolée. »

Il se recoucha, se pelotonna derrière moi, en me tenant tout contre lui. Je fermai les yeux, la bague serrant mon doigt, et Travis me serrant. L’air sembla s’assécher, ma gorge se rétrécit. Je le repoussai et m’extirpai de notre lit.

« J’ai juste… » commençai-je en respirant bruyamment. « Je pensais que tu en avais fini avec ça. »

« Tu es furieuse. »

« Oui, je le suis ! Et je suis déçue ! Et j’ai peur ! »

Il semblait horrifié. « Poulette, jamais je… »

« Je sais ! » hurlai-je en fermant les yeux. Je pris une profonde respiration, mes mots suivants sortant d’un ton plus doux. « Je sais. Je n’ai pas peur de toi. Je n’ai jamais eu peur de toi. Ce que je veux dire, c’est que tu n’es plus simplement un étudiant désormais qui peut lancer des coups dès qu’il le veut. Tu es mon mari. J’aime le fait que je me sente en sécurité avec toi n’importe où on va. J’aime que tu me protèges en toutes circonstances. Tu ne laisserais jamais rien m’arriver. Mais j’ai besoin que tu gardes un profil bas. Tu ne te rappelles pas ? Nous avons eu cette conversation. Ce n’est pas parce que tu peux que tu devrais le faire. »

Il se rapprocha de moi, le souvenir faisant apparaître un léger sourire sur son visage inquiet. « Viens ici. »

Quand je ne m’exécutai pas immédiatement, il devint nerveux. « Qu’est-ce que tu attends de moi, Poulette ? »

« J’ai besoin… » grimaçai-je. « Je veux que tu grandisses, Travis. Tu n’as plus à être le plus grand dur à cuire de la ville maintenant. Tu n’as rien à prouver. Il faut davantage de force pour montrer de la retenue. »

Il baissa les yeux, inspirant comme s’il avait eu le souffle coupé. « Il t’a insulté. » Il me regarda. « Il a insulté ma femme. J’ai mis un coup de pied au cul de quelqu’un pour moins que ça. »

« C’était avant. » lui dis-je en grimpant sur le lit à côté de lui. Je plaçai ma main sur sa joue et rencontrai son regard. « Avant le mariage. Avant, quand tu échangeais des coups pour vivre et que tu avais une réputation à garder. Avant l’incendie. Tout est différent maintenant. Nous devons être prudents. »

Il réfléchit à mes mots en enlevant ma main de son visage, et amena mon alliance à ses lèvres. « Je peux faire preuve de retenue. » Il parsema de baisers ma paume jusqu’à mon poignet, puis mon bras, un sourire coquin relevant les coins de sa bouche.

Je réprimai un sourire. « Ce n’est pas drôle. »

« Non ça ne l’est pas. » répondit-il, concentré.

J’étais seulement habillée d’un débardeur noir léger et d’un short coordonné. Alors qu’il atteignit mon épaule, il remarqua la sangle. Il pinça l’ourlet de mon haut, et avec une main et un mouvement, j’étais torse nu. Il promena sa bouche doucement et tendrement sur ma poitrine et mon ventre, s’arrêtant assez longtemps à tous mes endroits préférés pour me contracter. Je me relaxai contre le matelas et fermai les yeux. Il vénérait mon corps. J’étais sa religion.

« Cela ne change rien. » haletai-je.

« Je sais. » répondit-il d’une voix étouffée alors qu’il se positionna entre mes cuisses. « Mais tu es en colère. Et tu sais ce que ça me fait quand tu es comme ça. »

Il écarta le fin tissu de mon short sur le côté, et plongea son visage contre ma peau tendre. Je hoquetai et arquai mon dos. « Oh oui je suis en colère » lui dis-je entre deux respirations. « Très énervée. » Mes articulations blanchirent pendant que mon corps entier répondait à chaque coup de langue de Travis. « Furieuse. » Il passa la main sous moi, enleva mon short, et retourna au creux de mes cuisses comme s’il était tout le temps affamé de moi. Mes genoux tremblèrent involontairement, et je gémissai son nom avec quelques références religieuses inappropriées.

Il embrassa mes cuisses puis mon estomac, me regardant avec un sourire fier. Il me donna à peine une chance de récupérer qu’il s’installa au-dessus de moi et me pénétra. C’étaient à ces moments-là que j’étais heureuse qu’il ne soit pas capable de se réfréner. J’avais seulement eu un aperçu de la manière dont se comportait Travis avec d’autres femmes, mais avec moi, il ne se retenait pas. Il a attendu que je vienne, et une fois arrivée, nos vies ont commencé. Il n’y avait pas d’avant ni d’après. Travis savait depuis le départ que nous étions destinés l’un à l’autre, et que nous le serons toujours. La vérité était dans ses yeux à chaque fois qu’il me regardait ; dans la manière dont il me fixait à l’instant alors qu’il était à quelques centimètres de mon visage.

« Bébé » soupira-t-il. Il me regardait avec révérence, une expression identique à celle qui était sur son visage la première fois qu’il m’a fait l’amour (et à chaque fois après), comme s’il était toujours surpris que je semble parfaite et merveilleuse pour lui.

Les heures passèrent, et à un moment, j’ai cru entendre Shepley et America dans le salon. Travis ne s’interrompit pas, et finalement nos colocataires se sont retirés dans leur chambre. Mes muscles tremblaient de fatigue, et je pantelais, incapable de retrouver mon souffle, mais plus nous étions enchevêtrés, plus j’avais besoin de lui. Je me sentais insatiable, séduisant facilement Travis encore et encore, d’un orgasme à un autre jusqu’à ce que nous soyons tous les deux exténués.

Je me couchai sur le ventre, jetant un coup d’œil de mon oreiller à mon mari qui faisait de même. Nos doigts étaient entrelacés, le drap couvrant négligemment une petite partie de nos corps. Ma peau luisait de transpiration, mes yeux étaient lourds et mes cheveux s’entortillaient autour de moi. La main libre de Travis était au-dessus de sa tête, jouant avec une mèche caramel de mes cheveux. Nous ne parlions pas, nous n’en avions pas besoin. Nous étions saturés l’un de l’autre, l’air était rempli de sexe, d’amour et de satisfaction.

****

J’étais devenue Mme Maddox depuis exactement un mois lorsque je vis Ricky et Joel, les deux hommes qui avaient approché America et moi-même au Red, et qui s’étaient pat la suite fait botter les fesses par Travis et Shepley. J’eus un aperçu d’eux lorsqu’ils passèrent la porte à la fin du couloir de ma classe de littérature anglaise. Je m’arrêtai pour être sûre que c’étaient eux, puis je les suivis précautionneusement, en faisant en sorte de ne pas me faire voir.

Une fois que j’atteignis le bout du couloir, je me mis dans le coin et vis Joel s’asseoir derrière un ordinateur. Ricky se tenait à côté, un tas de papiers dans la main. Il semblait dicter quelque chose à Joel. La salle où ils étaient était animée. Quelques étudiants passaient d’un bureau à l’autre, les autres tapaient sur les claviers derrière leurs écrans. Je me reculai pour voir s’il y avait une indication quelconque sur la porte, afin d’être certaine que ce n’était pas une petite bibliothèque quelconque que je ne connaissais pas. Alors que je me penchai pour essayer d’entendre ce que Ricky disait, une fille que je reconnus de ma classe de maths me bouscula.

« Désolée » lança-t-elle d’un air pressé.

« Hum, euh… » commençai-je.

Elle se retourna, son expression formant un mélange d’exaspération et de confusion. « Qu’est-ce qu’il y a ? Je suis en retard. »

« Je suis désolée. » m’excusai-je. « Je viens juste d’échanger deux classes et je suis perdue. Est-ce que c’est le cours de philosophie de la Grèce antique ? »

« Non » répondit-elle d’un ton ennuyé. « C’est le Eastern Star. » Quand elle vit que je n’avais pas compris, elle soupira. « Le journal de la fac. »

Je levai les sourcils et je murmurai Oh alors qu’elle pivotait sur ses talons pour se précipiter à son bureau. Je les observai quelques minutes, puis je retournai dans le couloir en direction de la sortie. Ricky et Joel étaient au Red pour obtenir des infos et ils attendaient que Travis revienne. Nous avions eu de la chance qu’un d’entre eux soit assez stupide pour m’insulter avant qu’ils puissent l’interroger. Ils pouvaient écrire sur l’incendie, ou pire… sur l’implication de Travis dans ce drame. Je serrai les dents, en tentant de voir comment j’allais les empêcher d’écrire un article. Les étudiants pouvaient hésiter à parler à la police, mais un camarade de fac curieux pouvait potentiellement recueillir un souvenir d’un survivant.

Je stoppai au milieu du couloir, fis quelques pas en arrière jusqu’à ce que mes fesses touchent le mur, puis je glissai sur le sol. Est-ce que cela finira un jour ? Est-ce que Travis sera à jamais en sécurité ?

Deux paires de chaussures commencèrent à se rapprocher de moi, s’arrêtant à quelques centimètres de la pointe de mes Chuck Taylor.

« Abby ? » interrogea une voix familière. « Est-ce que ça va ? »

Je levai les yeux vers ceux de Ricky. Sa joue portait encore une légère trace de bleu du coup de poing de Travis d’il y a quelques semaines. « Cela dépend. »

Joel et Ricky échangèrent un regard. « De quoi ? » demanda Joel nerveusement.

« Où allez-vous les mecs ? » demandai-je.

« A… Au… Euh… » bégaya Joel. « Pourquoi ? »

Je plissai les yeux, mais avant que je puisse parler, Joel se raidit. « Est-ce que tu nous suis ? Pourquoi tu nous suis ? »

Ricky renifla avec un air condescendant. « Nous t’avons vu. Tu pensais que tu pourrais t’asseoir ici au milieu du couloir, et que nous serions passés et ne t’aurions pas remarqué ? Tu sais que nous sommes journalistes, n’est-ce pas ? Nous remarquons tout. »

Je ne laissai pas transparaitre ma confusion, je les contemplai devenir de plus en plus paranoïaque à chaque spéculation.

« Travis sait que nous travaillons au Star, non ? » demanda Ricky. « Il a entendu que nous posions des questions ? » Il déglutit. « Qu’est-ce qu’il va faire ? »

Je me levai et laissai apparaitre un tout petit sourire sur mon visage. « Tu verras. » répondis-je. Je me retournai lentement et partis. Je poussai les portes en verre et descendis les marches en courant, paniquant intérieurement. Ils écrivaient un article sur Travis. Ils allaient poser davantage de questions à davantage de personnes. S’ils continuaient à creuser, quelqu’un pourrait craquer.

Je touchai ma poche et sentis mes clés de voiture. Mon esprit cavalait en se demandant comment gérer tout ça ; comment arrêter Ricky et Joel sans impliquer Travis, sans chantage, menaces ou pots de vin.

Une voix grave cria « Whoah ! » quand je tombai la tête la première sur le torse de quelqu’un.

« Oh mon dieu, je suis désolée. Je… » Mon estomac dégringola instantanément.

« Hey Abs. J’espérais tomber sur toi. »

« Parker. » dis-je avec une accusation dans la voix. Je fis un pas pour le contourner, mais il prit gentiment mon bras.

« Allez. Ne sois pas comme ça. » Il lâcha mon bras et sourit de toutes ses dents, comme si les trois derniers mois n’étaient jamais arrivés. « Est-ce qu’on pourrait… parler ? »

« Non. »

« Abby. Que veux-tu que je fasse ? Supplier ? Je le ferai. » répondit-il avec son sourire le plus charmant. « Je ferai n’importe quoi. Je veux juste arranger les choses. Que dis-tu d’un déjeuner ? » Je grimaçai. « Ou simplement un café. Est-ce qu’on pourrait simplement discuter autour d’un café ? »

« Café ? » répétai-je. Il acquiesça. Je jetai un coup derrière par-dessus mon épaule en direction du bâtiment que je venais de quitter. Je me sentais nauséeuse rien que d’y penser. « N’importe quoi ? » demandai-je en croisant le regard de Parker. Je ravalai ma bile. J’étais en train de vendre mon âme au diable.

« Dis-moi. »

Je fermai les yeux, me haïssant déjà pour ce que je m’apprêtais à faire.

 

Episode Ten: Twisted

eb-twisted-mcguire-fr.jpg

Ep10 : Tordu

:: Travis ::

Je faisais tourner le métal froid de mon alliance autour de mon doigt pendant que je contemplais la salle de gym Iron E du parking. Le printemps commençait à se montrer, les nuages en haut pissant sur ma voiture, les gouttes de pluie éclatant sur la chaussée en des milliers de petits jets. J’éteignis le moteur et agrippai le volant, pressant ma tête contre le siège.

La place Perkins m’entourait de boutiques, un magasin d’équipement de golf, un petit supermarché, un salon de manucure, un café, et au centre, Iron E. Les épais nuages gris permettaient facilement de voir les gens à l’intérieur sous les lumières fluorescentes. Ils soulevaient des poids, des haltères, ou couraient sur l’un des quinze tapis. Brandon était derrière le bureau d’accueil, en train de flirter avec la réceptionniste.

Je serrai les dents.

Eakins avait un tas de boulots flexibles pour les étudiants. Le souci était qu’on était en avril, et la plupart des jobs qui étaient encore disponibles permettaient seulement de financer une vie de fêtard du weekend, pas un couple marié. J’avais parcouru les petites annonces. Trois douzaines de personnes avaient tenu ma candidature entre leurs mains et m’avaient dit de revenir à la fin de l’année pour les vacances de Noël, ou qu’ils avaient déjà engagé plusieurs étudiants et qu’ils n’avaient pas besoin de davantage. Les emplois sur le campus payaient neuf dollars par heure ou moins, rien qui pouvait payer le loyer ou les factures avec les heures que je pourrais travailler entre mes cours.

Travailler pour Brandon et laisser les couguars locales me tripoter pendant qu’elles prétendaient faire du sport était la dernière chose que je voulais faire, mais les factures devaient être payées d’une manière ou d’une autre. Abby était à sa deuxième semaine de tutorat, mais cela couvrait à peine les courses et l’essence.

Je pris une profonde respiration, retirai la clé du contact, puis claquai la portière derrière moi, et sentis les flaques d’eau de pluie patauger sous mes pieds. Je frappai à la porte de verre et attendis. Il y avait un interphone à l’extérieur, et chaque membre avait son propre code à quatre chiffres. Cela faisait longtemps que j’étais entré avec le mien. Un homme au cou deux fois plus gros que sa tête posa sa barre et, avec une démarche cul serré et balancement des bras, caractéristique d’un haltérophile, il ouvrit la porte et me salua de la tête.

« Brandon » appela Musclor d’un ton bourru.

Brandon était en train de renifler derrière l’oreille de la réceptionniste lorsqu’il leva les yeux. Un large sourire s’étala sur son visage.

« Maddox ! » s’exclama-t-il en écartant les bras. « Ben merde, mec ? Qu’est-ce qui t’a pris si longtemps ? » Il attrapa ma main droite pour une poignée de main ferme, tapotant mon dos avec son autre main. Le connard voulait toujours une embrassade. « Tu remplis une demande ou pas ? »

J’acquiesçai.

Brandon se tourna vers sa réceptionniste et claqua des doigts. « Un dossier de candidature, Steph. Tout de suite. »

Steph se retourna et se pencha pour ouvrir un tiroir et chercher dans chaque fichier.

Brandon me tapa sur l’épaule, gloussant et montrant de la tête les fesses de Steph comme un enfant de douze ans. Je ne souriais pas ni ne fronçais les sourcils ; je me concentrais simplement pour paraitre indifférent.

Steph trouva ce qu’elle cherchait et trottina en direction de Brandon avec un stylo et un papier dans la main.

« Trouvé » dit-elle, attendant un compliment de son patron.

« Tu es douée. » déclara-t-il. « N’est-ce pas ? »

Si baiser avec un homme marié qui a une femme enceinte est un accomplissement admirable. « Ouais » répondis-je en me raclant la gorge. « Chercher est difficile. »

Steph opina du menton plusieurs fois de manière dramatique, appréciant que je comprenne son dilemme.

« Tu veux remplir ça dans mon bureau ? » me demanda Brandon.

« Tu as un bureau ? » lui répondis-je en plaisantant à moitié.

Brandon bomba le torse. « Par ici. Steph, » ajouta-t-il, claquant les doigts de nouveau. « De l’eau. »

Elle hocha la tête et se précipita pour nous en chercher.

Comme prévu, ses murs étaient couverts de posters déchirés de mannequins de fitness à moitié nues. J’hésitai à m’asseoir dans la chaise en face de son bureau, certain qu’il se masturbait dessus chaque nuit. Un coin de ma bouche se souleva en me souvenant du dégoût similaire d’Abby pour mon ancien canapé la première fois qu’elle a visité mon appartement. J’ai parcouru un long, long chemin depuis cette nuit.

Steph nous apporta deux verres puis hocha la tête lorsque je la remerciai. Elle garda un œil sur Brandon alors qu’elle faisait demi-tour, comme s’il ne savait pas qu’elle mourait d’envie de se faire prendre sur son bureau. Encore.

« Marié » déclara Brandon en secouant la tête et en fixant les fesses de Steph jusqu’à ce qu’elle ferme la porte derrière elle.

Je m’assis et plaçai le dossier sur son bureau, cliquant sur le stylo et remplissant les informations le plus rapidement possible.

« Qu’est-ce qui t’as pris ? » demanda-t-il. « Elle doit être bonne. »

« Depuis combien de temps possèdes-tu cet endroit ? » rétorquai-je sans lever les yeux. Je ne voulais pas frapper Brandon dans les dents pour avoir parlé de ma femme, donc je choisis de changer de sujet.

« Quatre ans » répondit-il. « Trois avec Joan. » Sa chaise grinça lorsqu’il se pencha en arrière et croisa les mains derrière sa tête. « Elle me l’a transmis lors du divorce. »

« Ah ouais, j’avais oublié. Tu as hérité du lieu. »

« Les enfants héritent de choses de leurs parents, Maddox. Joan a ouvert la salle avec son ex-mari, mais je l’ai baisé à en perdre la tête et elle m’a donné tout ce que je voulais. L’endroit était un four, pour les croulants et les gros. J’ai épousé la vieille et transformé cet endroit en ce qu’il est. C’est à moi maintenant. J’ai triplé les bénéfices que Joan faisait. »

Je gribouillai le peu d’expérience professionnelle légale que j’avais et signai mon nom, puis glissai le papier vers lui. Brandon radota à l’infini sur l’histoire de la salle, le fait qu’il doive toujours traiter avec Joan, et comment elle était furieuse qu’il ait mis une de ses petites amies enceinte. Jaci était désormais sa femme et Brandon la fit, à sept mois de grossesse, rentrer en contact avec Joan de sorte qu’il n’ait plus à l’être.

Il était une vraie merde et il était maintenant mon patron.

J’agrippai les accoudoirs de ma chaise et écoutai, en tentant de penser à Abby, mon mariage, notre nouvelle vie ensemble, tout ce qui me rappelait que de devoir être dans la même pièce que Brandon chaque jour valait le coup. Je regardai ma montre et me sentis exténué simplement en résistant à l’urgence d’arracher sa langue de sa sale bouche. Brandon était en train de décrire comment il était génial pendant presque deux heures.

Steph frappa à la porte et passa la tête. « J’ai fermé. Je rentre chez moi. »

Brandon la congédia de la main. « J’emmène Travis boire un verre. »

« Ca semble amusant » réagit Steph avec un sourire plein d’espoir.

Je me levai. « Je suis désolé de t’abandonner, mec, mais je dois rentrer. »

« Ah oui » dit Brandon, sa voix dégoulinante de condescendance. « La vie mariée. Quand peux-tu commencer ? Ca ne te prendra pas longtemps pour bâtir une clientèle. »

« La semaine prochaine » répondis-je.  « Lundi »

Brandon se mit debout et tendit sa main. Je la pris, me sentant comme si j’avais vendu mon âme à Satan.

« Je te ferai commencer par les Betties. » dit-il.

« Les qui ? »

« Betty Rogan et Betty Lindor. Elles sentent la naphtaline et ont plus de rides qu’un éléphant affamé, mais elle payent double pour pouvoir s’exercer ensemble et mater les mecs. Elles vont t’adorer. Elles commenceront par te donner un peu d’argent et elles voudront t’emmener déjeuner le premier jour. Va avec elles. Elles te paieront le loyer en mai. Tiens » ajouta-t-il en me tendant un petit carnet et une autre feuille de papier. « C’est notre règlement et le contrat. Le premier traite du salaire et des commissions. Ne me parle de tes pourboires. Je ne veux pas savoir combien tu fais ou comment tu les obtiens. Un avantage de travailler à Iron E. »

C’est donc comme ça qu’il garde ses employés. C’est un putain de maquereau.

« Merci. » concluai-je en enroulant les papiers et en les fourrant dans ma poche arrière. « A lundi. »

Je dépassai Steph et traversai la salle vide, puis poussai la porte en verre. Le ciel était sombre et des petits lacs s’étaient formés dans le parking, reflétant les lumières qui parsemaient la place. La Camry était garée au centre d’une des plus grosses flaques.

« Merde » murmurai-je en sortant les clés de ma poche. J’attrapai mon téléphone dans l’autre poche et regardai l’écran. J’avais manqué onze appels. « Merde ! » grondai-je en appelant et en tenant le téléphone contre mon oreille.

« Travis ?! » cria Abby, l’air paniqué.

« Je suis désolée Poulette. Brandon n’arrêtait pas de parler et je n’arrivais pas à trouver le bon moment pour lui dire de la fermer, et… »

« Trent a eu un accident. » interrompit-elle.

« Encore un ? » m’exclamai-je, choqué. « Est-ce qu’il va bien ? »

« Ils ont été percutés par un conducteur ivre. Ils sont à l’hôpital. Thomas est dans un avion pour rentrer. »

« Donc ça doit être grave. » devinai-je.

« Il est en mauvais état. Cami est encore pire. »

« J’arrive. Je rentre tout de suite. »

« Ok, sois prudent. Ne conduis pas trop vite sous la pluie. »

« Je ferai attention. Je te vois dans une seconde. Je t’aime. »

Je pressai le bouton rouge de fin et courus vers la Camry. Mes mains tremblaient alors que je mis la clé dans le contact. « Nom de Dieu, Trent » jurai-je, en roulant vers la maison.

 


Episode Eleven: Wrecked

eb-wrecked-mcguire-fr.jpg

Ep11 : Détruit

:: Travis ::

Les portes de la salle des urgences de l’hôpital s’ouvrirent, provoquant un courant d’air, et je serrai la main d’Abby, la tirant à travers le seuil. Des mères épuisées tenant des bébés malades étaient assises à côté d’hommes âgés et fragiles, et un groupe de skateboarders entourait leur ami qui tenait son poignet contre sa poitrine. Les gémissements, les geignements, les pleurs des bébés, les sonneries de portables et les annonces à travers les hauts parleurs me donnaient envie de fuir.

Au bout de la salle, derrière les doubles portes sécurisées avec des petites fenêtres rectangulaires, parvint un cri étouffé, un homme jurant et hurlant.

Je hochai la tête et regardai Abby. « C’est Trent. Nous devons le rejoindre. »

Abby ne perdit pas de temps avec la réceptionniste. « Bonjour » dit-elle en baissant les yeux sur son badge, « Gladys. Nous cherchons Trenton Maddox. »

« Êtes-vous de la famille ? » demanda Gladys avec sa voix nasillarde, peu impressionnée par l’urgence dans la voix d’Abby. Des chaines de perles jumelles surmontaient ses lunettes ovales. Ses lèvres fines se retroussèrent et se froissèrent entre les réponses. Elle avait probablement travaillé 10 ans de plus que ce que son empathie pouvait supporter, et se foutait bien que mon frère soit blessé ou qu’Abby et moi soyons inquiets pour lui.

« C’est mon frère. » répondis-je. « Il a eu un accident. »

« Oh, le conducteur ivre. » rétorqua Gladys.

Abby plissa les yeux. « Non. Il a été percuté par un conducteur ivre. »

« Je sais » soupira Glady. « Il refuse d’aller dans sa propre salle d’examen. »

« Donc Cami est blessée également ? » interrogea Abby. « A quel point ? »

« Je ne peux pas donner d’information. Je vais leur dire que vous êtes ici. Asseyez-vous. »

Je serrai les poings, mais avant que je ne pète un câble, Abby attrapa mon bras et me mena vers une courte rangée de chaises non encore remplies de malades ou de blessés. Je m’assis, ne réalisant pas que mon genou tressautait furieusement jusqu’à ce qu’Abby pressa sa paume sur ma cuisse. Je calai mon coude sur l’accoudoir, puis pinça le bout de mon nez. L’attente était une agonie. Trenton a déjà eu un accident avec quelqu’un auquel il tenait. Même s’il a survécu, j’ai pensé que ça le tuerait. S’il survivait à celui-ci aussi, et que Cami non… je n’étais pas certain de la manière dont il pourrait se remettre de ça.

« Travis ? » Papa se tenait à l’entrée, les doubles portes restant ouvertes.

Je sautai sur mes pieds et me précipitai vers lui, le serrant dans mes bras. « Comment va-t-il ? Et Cami ? »

« Trenton va bien. Il sera plâtré pendant un moment. Son bras est cassé à 2 endroits. Sa cheville est foulée, mais la radio n’a rien montré de grave. Je pense qu’il s’est blessé quand il courait. »

« Oh mon Dieu » s’exclama Abby en couvrant sa bouche de la main. « Courait ? Il fuyait ? Pourquoi ? »

« Allons là-bas. » dit Papa en se rapprochant de moi. Il enroula son bras autour du mien, et je le sentis s’appuyer sur moi. A l’extérieur, il avait l’air de tenir, mais ses mains étaient moites et ses yeux cerclés de rouge étaient fatigués.

« Tu vas bien, Papa ? »

« Moi ? Oui… oui. » Il nous mena vers la salle d’examen de Camille, mais s’arrêta juste à la porte.

« Qu’est-ce qui s’est passé ? » murmura Abby.

Papa laissa une main sur son ventre, son regard tombant à terre. « Camille a quitté le travail en colère. Trenton a sauté sur le siège passager. Il pleuvait et ils se disputaient. Ils n’ont pas vu le petit con griller le stop. Sa Jeep a fait 4 tonneaux et demi. Lorsque Trenton est revenu à lui, il l’a tirée dehors. Quand il n’a pas réussi à la réveiller, il l’a soulevée et l’a portée plus d’un kilomètre jusqu’à la maison la plus proche. »

« Doux Jésus » chuchotai-je. « Avec un bras cassé ? »

« Ouais, il l’a fait » dit-il, incapable de cacher sa fierté.

Papa mit la main sur la poignée. « Camille passe un scanner. Trenton est avec elle. Quand ils reviendront, ils vont devoir… » Papa hoqueta, puis s’éclaircit la gorge. « Ils vont devoir lui remettre les os en place, puis refixer son bras. Ils l’ont averti que ça commençait déjà à guérir et que s’il attendait, ce serait plus difficile à réparer, mais il ne veut pas la quitter. »

Je le serrai plus fort. « Et Cami ? »

Abby fit la grimace.

Le sourcil de Papa se fronça. « Elle est toujours inconsciente. Elle a eu une sérieuse entaille sur la tête et un œdème. La fenêtre s’est brisée et les a entaillés de façon grave. »

Abby le prit dans ses bras et le serra fort. « Ca va aller, Papa. Je parie qu’ils vont se remettre sur pied rapidement. »

Papa sourit et s’essuya les yeux avec l’arrière de la main. « On ne peut qu’espérer ça hein ? » Il poussa la porte de la salle vide. Pas de lit ou d’intraveineuse, juste le désordre que l’équipe d’urgence a laissé et deux chaises. « Prends une chaise, ma fille. Ils vont bientôt revenir. »

« Pourquoi tu fais cette tête ? «  demandai-je à Abby, notant sa grimace.

« Pour rien » se récria-t-elle.

Je me mis derrière elle, pressant gentiment mes pouces sur son cou, massant ses muscles tendus avec des petits cercles. Elle expira et se relaxa.

« Bébé » lui dis-je. « Dis-moi. »

Elle jeta un coup d’œil vers Papa, qui semblait déjà savoir ce qu’elle allait répondre. « Trenton n’a pas laissé une fille conduire depuis Mackenzie. La première fois qu’il… ce qu’elle a fait était égoïste. Et Thomas… » Elle se rattrapa « Peu importe. »

« Ouais » dis-je en regardant Papa. « Thomas a pris un vol de retour ? »

Papa hocha simplement la tête.

« Et les jumeaux ? »

« Ils sont de permanence. Ils viendront la semaine prochaine. »

« Parce qu’il va s’en remettre » dis-je en réfléchissant à haute voix. Mes sourcils se levèrent alors que je continuai à travailler sur le cou d’Abby. « Mais Tommy n’a pas pu attendre ? Ca ne lui ressemble pas. »

Papa n’ajouta rien de plus.

Un homme avec une tête rasée et une tenue hospitalière bleue claire poussa la porte en tirant le bout d’un lit. Une femme poussait derrière d’une main, et tirait le fauteuil roulant de Trenton avec l’autre. L’œil de mon frère s’éclaira une demi-seconde quand il vit Abby et moi, mais s’éteignit rapidement.

Je regardai la femme, ses boucles blondes brillant même dans la chambre obscure. Son badge indiquait Christy, et en dessous, Radiologue.

« Merci pour l’aide, Christy. » dit l’homme.

« Pas de problème, Julian. Tu veux de l’aide pour la télémétrie ? » ajouta-t-elle. Il secoua la tête. « Dis-moi si tu as besoin d’autre chose. »

Julian lança un regard renfrogné en direction de Trenton. « Seulement s’il insiste encore pour la coller. »

Christy laissa échapper un rire alors qu’elle se dirigeait vers la porte, ses yeux bleus brillant alors qu’elle se tournait pour dire au revoir. « Je pense que c’est mignon. »

Les muscles de la mâchoire de Trenton jouaient sous sa peau, mais il gardait ses yeux droit devant lui, un froncement permanent sur son visage. Son bras droit reposait sur sa cuisse, un drap blanc d’hôpital en tant qu’écharpe de soutien de fortune. Un gros bloc de glace se voyait en dessous du coton épais.

J’agrippai les poignées de son fauteuil roulant, l’éloignant pendant que Julian positionnait le lit de Camille et le fixait.

Abby s’agenouilla devant Trenton. « Hey » dit-elle en levant les yeux vers lui. Le blanc de son œil droit était devenu rouge, et son visage, son cou et ses bras étaient tachetés de divers degrés de lacérations de la vitre qui s’était brisée dans la Jeep.

Je me rassis dans la chaise, plantant mes coudes sur mes cuisses.

Trenton regarda ailleurs, ses yeux se troublant.

Julian pressa le dernier bouton des fils de la télémétrie sur le patch adhésif placé sur la poitrine de Camille, et nous salua de la tête lorsqu’il sortit tranquillement de la salle.

« Trent » commençai-je.

« Pas maintenant. » hoqueta-t-il.

« Je sais ce que tu penses. » continuai-je en secouant la tête.

« Non tu ne sais pas. »

Je fis une pause, tentant de réfléchir aux mots qui pourraient m’aider si j’étais dans la même position, si c’était Abby qui était allongée dans ce lit à la place de Camille. Je repensai au moment où je l’avais cherchée durant l’incendie, et à la peur et la douleur profondes que j’avais ressenties à l’idée de la perdre. Il n’y avait rien. Rien ne pouvait me faire sentir mieux dans cette situation à part de voir Abby aller bien. Je scannai le visage de Camille, une combinaison étrange de sérénité, de sang et de pâleur. « Tu as raison. Je ne sais pas. Ca craint totalement, et je suis désolé. »

Les yeux de Trenton revinrent vers les miens. Sa lèvre inférieure trembla. « J’ai essayé de l’arrêter. »

J’entourai gentiment sa nuque de la main, pressant mon front contre le sien. « Nous le savons. Elle le sait. »

Une infirmière se glissa dans la chambre. De grandes fossettes doubles entouraient son large sourire. Elle mâchait un chewing gum de la même couleur que sa tenue éclatante. « Bonjour à tous » chuchota-t-elle. « Je suis Katie. Je vais fixer le bras de Trenton. J’ai entendu dire qu’il ne voulait pas aller dans la salle des plâtres, donc Rosh va arriver dans un moment avec l’équipement.

Trenton ne réagit pas.

« Est-ce que ça ne devrait pas être euh… un docteur qui devrait faire ça ? » demandai-je.

Katie plaça les radios sur l’écran et alluma la lumière.

Le visage d’Abby se plissa à la vue des images, et je grinçai silencieusement des dents.

Katie se tourna vers nous, ses cheveux blond foncé rebondissant. « Je suis un médecin assistant… et je suis tout ce que vous avez. Après l’éclat récent de Trenton, tous les médecins m’ont offert en sacrifice. »

« Femmelettes. » dit Trenton dans un murmure.

Un homme avec une tenue vert citron poussa la porte en tirant l’équipement, un plateau rempli de matériel, et un bol d’eau.

« Salut Ross » dit Katie de manière joyeuse, même en chuchotant.

Rosh souleva un rouleau d’adhésif vert citron. « J’ai apporté la meilleure couleur qu’on avait. »

« Merci » répondit Katie. Elle baissa le menton. « J’attends juste l’autre lit et l’anesthésiste. »

Trenton secoua la tête. « Non. Je veux être là quand elle se réveillera. »

Katie hésita, puis jeta un regard à chaque personne de la pièce. « Elle a de la famille ici. Et vous serez là, simplement pas là là. »

 Trenton se redressa. « Je peux le faire. »

L’empathie traversa le visage de Katie. « Si vous criez… »

« Je ne ferai pas un putain de bruit. » répondit Trenton. « Je le jure. »

Katie le regarda un moment, puis acquiesça. « Je vous crois. Okay Rosh, allons-y. » Elle lava ses mains, les sécha, puis enfila une paire de gants bleus pensant que Rosh plaça une chaise devant Trenton, vérifiant son fauteuil roulant pour être sûr que les loquets étaient en place.

Trenton se tendit pendant que Katie enlevait le drap et la glace. Elle palpa son bras, puis hocha la tête vers Rosh.

Abby retint sa respiration et Papa s’éloigna de quelques pas.

« Ici Papa. Assieds-toi. » dis-je.

Il secoua la tête, refusant d’un geste.

Katie regarda Trenton. « Prêt ? Nous allons commencer par votre poignet. » Il hocha la tête, et Katie pressa et tira, manipulant son poignet et sa main.

Le visage de Trenton vira au rouge, et sa mâchoire était contractée. Je pris sa main gauche, et il enfonça ses ongles dans ma peau.

« Ne retenez pas votre souffle. » dit doucement Katie. « Je ne veux pas que vous vous évanouissiez devant moi. J’ai presque fini. » Trenton souffla du nez. « C’est ça. Concentrez-vous sur votre respiration. Vous vous en sortez bien. »

Elle pressa et tourna sa main, et je m’assis avec mon frère, priant Dieu pour qu’il tombe dans les pommes. Mais Trenton résista à la douleur, déterminé à être éveillé et alerte pour Camille. Au moment où je pensais qu’il n’allait pas tenir une seconde de plus, son bras se redressa, et Katie le signala à Rosh.

« Okay, le pire est fini. » dit-elle. Elle plaça le matériel en gardant son bras en place, puis Rosh mouilla quelque chose d’autre et commença à envelopper son bras.

« Magnifique » dit Katie en souriant largement lorsqu’il recouvrit le plâtre d’adhésif vert citron.

« Dès que cette monstruosité séchera, je me place en premier pour le signer. » dis-je. « Je sais déjà ce que je vais dire. »

« Ce n’est pas une monstruosité. » rétorqua Katie. « C’est un beau plâtre. »

*****

L’estomac d’Abby grogna, et elle me regarda avec un regard d’excuse. « Quelqu’un est partant pour du fast-food nocturne ? » Nous levâmes tous le main, même Trenton. Elle partit chercher le dîner, revenant après 20 minutes. Après une heure et quelques tests en plus, l’équipe nous informa qu’ils allaient installer Camille à un étage supérieur.

« Pourquoi est-ce qu’elle ne se réveille pas ? » demanda Trenton.

Le médecin prit une respiration et secoua la tête. « Le cerveau est une chose compliquée. L’œdème se réduit et ses fonctions cérébrales sont bonnes, donc c’est une bonne nouvelle. Je pense qu’elle va bientôt se réveiller. Nous allons l’installer dans la chambre 414. C’est une grande suite. Très confortable. »

Je tapotai gentiment l’épaule de Trenton pour l’encourager, puis nous attendîmes pendant qu’ils rassemblaient les appareils de surveillance et les intraveineuses de Camille, puis ils débloquèrent son lit en préparation du déménagement à l’étage.

Nous suivîmes les infirmières dehors, saluant Katie et Rosh alors que nous passions devant le bureau de l’équipe des urgences. Lorsque nous arrivâmes à l’ascenseur, tout le monde vit immédiatement le problème. Le lit de Camille et le fauteuil roulant de Trenton ne passeraient pas dans le même ascenseur.

« Nous nous verrons là-bas. » dit l’infirmière, ses cheveux roux frôlant ses épaules.

Trenton utilisa sa main valide pour se lever. Je me précipitai pour bloquer son fauteuil, et les yeux de l’infirmière s’élargirent.

« S’il vous plait non ! » cria-t-elle.

Trenton vacilla dans l’ascenseur, se stabilisant avec le rail du lit. Il me salua de la tête. « On se voit en haut. »

Les portes de l’ascenseur se fermèrent, et j’attendis trois secondes avant de presser le bouton une nouvelle fois.

Abby souffla.

« Tu es toujours en colère ? » lui demandai-je.

« Oui. Je suis désolée mais oui. Je n’y peux rien mais je pense qu’elle ne mérite pas toute l’attention qu’il lui donne. » répondit-elle.

L’autre ascenseur s’ouvrit, révélant un espace vide. Je guidai Papa dedans, et Abby suivit derrière. Elle semblait embarrassée d’avoir parlé méchamment de Camille devant Papa.

« Je comprends, ma fille. » dit Papa. « C’est un jour difficile émotionnellement. Parfois nous devons blâmer quelqu’un pour donner un sens à tout ça. »

« Je… » Abby pensa à argumenter, mais renonça. Papa avait toujours raison.

Lorsque l’ascenseur s’ouvrit, nous sortîmes et vîmes Thomas se tenant devant le bureau des infirmières du quatrième étage.

« Tommy ! » criai-je.

Il se retourna et vint vers moi avec les bras ouverts. « Est-ce que tu as des nouvelles ? »

Je fourrai mes mains dans mes poches et haussai les épaules. « Le bras de Trenton est fracturé à 2 endroits. Il l’a portée pendant plus d’un kilomètre jusqu’à la maison la plus proche. »

Thomas secoua la tête. « C’est ce que les infirmières disent. Bon sang. Il a été là une nuit et il est déjà une légende. »

Abby haussa l’épaule avec un sourire innocent sur le visage. « C’est tellement bien que tu sois là. »

Thomas serra mon père dans ses bras puis hocha la tête, celle-ci pleine de pensées. Il nous regarda tous. « Est-ce qu’on peut les voir ? »

« Ouais » répondit Papa. « Ils l’ont mise au bout du couloir… 414. »

Thomas se précipita dans la chambre, et Abby me jeta un regard juste avant qu’il ne pousse la porte. Lorsqu’il vit Camille, il s’immobilisa, couvrant sa bouche. Sa main quitta ses lèvres et passa dans ses courts cheveux blond foncé. « Tu… tu vas bien, petit frère ? » demanda-t-il, ses yeux ne quittant jamais Camille.

« Je survivrai. » dit Trenton.

Abby ferma la porte derrière les infirmières lorsqu’elles sortirent, et nous regardâmes Thomas s’approcher du lit de Camille. Il toucha tendrement ses doigts. Trenton la regardait aussi, la confusion assombrissant son visage.

« Qu’est-ce que tu fous, Tommy ? » demanda Trenton.

« J’aurai du venir plus tôt » dit-il, son visage se plissant. « Je suis désolé, Trent. »

Trenton fronça le nez. « De quoi parles-tu ? »

« Je… n’ai pas pris d’avion. J’attendais assis dans ma voiture, assez longtemps pour que tu penses que j’avais fait ça. C’était une putain d’agonie, et je suis tellement fatigué de… je suis désolé. »  ajouta Thomas, cette fois à Camille.

« Tommy » dis-je en avançant d’un pas. « Tu vas bien, mec ? »

Thomas se tourna pour nous faire face, hésitant lorsqu’il regarda Papa. « J’étais en ville. Je suis venu à cause de l’incendie, puis je suis resté… »

« A cause de l’incendie ? » demanda Abby, relevant le menton. Elle étudia Thomas de la manière dont elle étudiait les cartes qu’elle avait en main. Son expression s’adoucit, comme si elle était soulagée de connaître la vérité. « Thomas James » chuchota-t-elle.

Je fronçai les sourcils, irrité de ne pas avoir compris. Mais Trenton si. Il pâlit. « Non. »

« Trenton » commença Thomas.

« Non ! » dit Trenton, plus fort que tout ce que nous avons dit pendant des heures. Sa respiration devint plus hachée, puis il lutta pour chaque bouffée d’air. Il regarda notre frère ainé, blessé et déçu. « Tommy ! Dis-moi que j’ai tort ! »

Abby se pencha vers moi pour me chuchoter à l’oreille. « Le garçon de Californie avec qui Cami sortait… T.J. »

Les rides entre mes sourcils se lissèrent lorsque la compréhension me frappa. « Oh, putain. »

Thomas se tenait au milieu de la chambre, honteux, et plus seul que je ne l’avais jamais vu. Je m’approchai de lui, puis fit une pause, mon regard tombant sur Trenton. Je ne savais pas quoi faire. Je n’avais rien vécu de tel avant.

« C’est bon » dit finalement Trenton. « C’est bon, Tommy. Je comprends. »

Thomas était bouleversé par le pardon de Trenton, presque incapable de dire les mots suivants. « Mais tu l’as aimé en premier. »

« Et elle était ton premier amour » rétorqua Trenton. Il ricana, une manière maladroite d’évacuer son malaise. « Elle a essayé de me prévenir. Je n’ai pas écouté. »

« Parce que je l’ai obligée à te mentir. Ne me donne pas d’excuses, Trent. »

Trenton leva son bras valide et le laissa retomber sur l’accoudoir de son fauteuil roulant. « Que veux-tu que je te dise, Tommy ? Tu veux que je te haïsse? Que je te hurle dessus ? Te frappe ? Tu es mon frère. Je t’aime, peu importe ce qui se passe. Elle t’aime aussi. »

Thomas secoua lentement la tête. « Pas comme elle t’aime. »

Un petit sourire appréciateur toucha les lèvres de Trenton, et il regarda Camille. « Je sais. »

« Nous sommes, euh… » dit Abby, cherchant mon regard. J’acquiesçai, et elle continua. «Il est tard. » dit Abby, enroulant son bras autour du mien. « Nous allons rentrer. Nous serons de retour dans la matinée. Vous avez besoin de quelque chose avant que nous partions ? »

Trenton secoua la tête, de même que Papa.

« Tu as besoin d’un chauffeur, Papa ? » demandai-je. Il refusa également.

Je pris Thomas dans mes bras, Papa, puis j’enroulai mon bras délicatement autour de Trenton. Je leur dis au revoir, puis pris ma femme par la main pour l’emmener vers l’ascenseur. Nous ne dîmes pas un mot jusqu’à ce qu’on arrive à la voiture. J’ouvris sa porte, courus vers la mienne et glissai derrière le volant. Mes doigts s’enroulèrent autour et je soufflai.

« Whoah » dit Abby. Elle toucha mon épaule. « Tu vas bien ? »

« C’était intense. » répondis-je. Je reculai puis me dirigeai vers l’appartement. L’horloge sur le tableau de bord marquait 3h47 du matin. Nos phares étaient les seules sources de lumière des routes d’Eakins. Lorsque je me garai devant l’appartement, le téléphone d’Abby sonna.

Elle le regarda, puis le mit de côté, en s’agitant sur son siège.

« Est-ce que c’était Papa ? » demandai-je. « Tout va bien ? »

Elle déglutit, regardant à travers le pare-brise les escaliers menant à notre appartement. « Si Trenton n’avait pas aussi facilement accordé son pardon, ce que nous avons vu aurait pu se finir de manière bien différente. »

« C’est vrai. » dis-je en hochant la tête.

Elle enlaça ses doigts autour des miens. « Bébé, je dois te dire quelque chose. »

« Ne me dis pas que tu es amoureuse de Tommy. »

Elle gloussa, mais l’inquiétude était toujours présente dans ses yeux. « Trav… je t’aime. Je t’aime tellement, je fais des choses stupides. C’était… c’était Parker. »

« Parker ? » sifflai-je, sentant déjà mon tempérament éclater.

« Oui, mais… » elle ferma les yeux. « C’était pour toi. J’étais inquiète pour toi. »

« Qu’est-ce que ça a à voir avec Parker ? »

« Juste… écoute-moi. » dit-elle. Je serrai les dents et acquiesçai. Elle continua : « Souviens-toi des mecs du Red ? Celui que toi et Shep avez tabassé ? Ils venaient du journal de la fac. Ils posaient des questions sur toi, Travis. Les gens qui vont au Cercle, ils ne parleront pas aux flics. Mais j’ai peur qu’ils… et si ces apprentis journalistes trouvent quelqu’un qui admet que tu étais là ? »

J’attendis une minute complète pour me calmer avant de parler. « Tu » commençai-je, sentant mon cœur essayer de sortir de ma poitrine. « Tu viens me voir à propos de nos merdes, Abby. » Mon visage se plissa. « Tu ne vas pas vers Parker connard de Hayes. Il est la dernière personne que tu devrais… » je soupirai, sentant mon œil tressauter. Ca a été une longue nuit, et après avoir traité avec mon futur salaud de patron, puis avec le désastre de Trenton, la dernière chose que je voulais entendre de ma femme était qu’elle parle à Parker.

Ses yeux se remplirent de larmes. « Je sais. Tu as raison. Je ne sais pas à quoi je pensais, putain. J’étais désespérée, et il était là, et… il a accepté de m’aider si je prenais un café avec lui. »

Je fermai les yeux. « Abby. Dis-moi que tu ne l’as pas fait. »

Les larmes coulaient sur son visage. Chaque muscle de mon corps se tendit alors que j’attendais sa réponse. Elle secoua la tête.

« J’ai dit oui. » répondit-elle. « Je lui ai dit que je le ferai, mais je n’y suis pas allée. Je n’ai pas pu. »

Ma nuque lâcha, et ma tête tomba en arrière. « Merci mon Dieu ! »

« Je suis désolée » pleura-t-elle.

Je clignai des yeux plusieurs fois, réalisant que c’était la première fois qu’elle merdait. Elle était celle qui avait foiré pour une fois. Je me redressai et fronçai les sourcils, essayant de mon mieux pour avoir l’air sévère. « Tu n’as pas intérêt à ce que ça se reproduise, Poulette. Je suis sérieux. »

Elle secoua la tête. « Je ne le referai pas. »

« Je n’arrive pas à croire que tu as fait ça. » dis-je, ma voix lourde de déception. Sa lèvre inférieure trembla, et elle explosa en larmes. Je ne pouvais plus le supporter. « Bébé, c’est bon. Je ne suis pas en colère, Poulette. »

Son corps entier tremblait pendant qu’elle sanglotait. « Je sais que tu es déçu. Je me déçois moi-même. »

Je pris ses joues dans mes mains, la forçant à me regarder. « Tu ne sais pas ? »

Elle renifla, secouant la tête.

« Il n’y a rien que tu puisses faire qui me ferait penser du mal de toi, particulièrement quand tu agis par désespoir parce que tu t’inquiètes pour moi. Tu penses que je ne sais pas ce qui est en jeu si les Fédéraux découvrent la vérité ? Nous ne sommes pas encore tirés d’affaire. Comment pourrais-je te blâmer de faire tout ce qu’il faut pour me garder à la maison ? »

Elle tourna sa tête, embrassant ma paume. « Je suis tellement stupide, Travis. »

« Tu es beaucoup de choses, Poulette, mais stupide, jamais. » Je me penchai pour presser mes lèvres contre les siennes, et elle m’attira vers elle. Je pouvais sentir ses larmes chaudes couler sur mes joues, sa langue douce caresser la mienne. Pour la première fois, je réalisais que Parker était une source inutile de dispute. Il n’était pas plus une menace que son ex, Jesse. Elle ressentait pour moi la même chose que je ressentais pour elle, et cette sorte d’amour fou menait au pire comportement irrationnel.

J’allais ignorer le fait que Parker avait tenté de prendre l’avantage… pour le moment.

Abby se pencha en avant vers mon siège, puis rampa vers la console. Elle se recula, me tirant avec elle, laissant son poids, puis le mien, nous faire tomber sur la banquette arrière. Elle passa mon T-shirt par-dessus ma tête, et fit la même chose avec le sien.

« Ici ? » demandai-je. Je n’avais pas fait l’amour à l’arrière d’une voiture depuis le lycée.

« Ici » répondit-elle. « Maintenant. »


Season Two: Episode Twelve Second Chances

Season Two: Episode Twelve

Second Chances

Episode 12

Deuxième Chance

:: Abby ::

Je me rongeais les ongles, en laissant ma peau rougie et irritée. Des traces de sueur se formaient sur mes sourcils. Mon dos commençant à se plaindre que je reste debout en sandales sur des carreaux impitoyables, je me balançais sur une jambe puis sur l’autre. Si les autres étudiants qui m’entouraient ne souffraient pas de la même énergie nerveuse, j’aurais l’air folle. Nous nous soutenions les uns les autres, bien que nous fussions en compétition tout le semestre. Fixant le tableau d’affichage vide à l’extérieur du bureau de Mr Mott, nous étions tous dans le même bateau. Ceux qui auraient les deux notes les plus élevées deviendraient automatiquement les assistants du professeur pour le semestre d’automne, et en tant qu’aspirant prof de maths, obtenir cette position serait fabuleux sur mon CV, comme ce serait le cas pour les quelques 50 autres étudiants se tenant à côté de moi.

Nous étions à quelques minutes des vacances d’été. L’examen final de statistiques de Mr Mott était l’un des derniers planifiés sur le campus d’Eastern State, ce qui était évident puisque nous étions les derniers étudiants sur le campus. Nous aurions pu attendre que les notes soient publiées en ligne, mais Mr Mott était de l’ancienne école, et il aimait diffuser ses notes sur papier avant de les rentrer dans le système. Donc, ceux qui s’en préoccupaient attendaient.

Les jours où Travis attendait avec moi me manquaient, mais il travaillait. Il gagnait beaucoup avec les cinquantenaires et sexagénaires à Eakins, pas autant qu’avec les combats dans le Cercle, mais en tant qu’entraineur particulier à la salle de gym Iron E, il payait le loyer et la plupart des factures. Il se faisait définitivement plus que moi avec le tutorat, et en plus mon boulot s’arrêterait durant l’été. J’essayais de ne pas me sentir coupable. Travis préférait payer les factures, et il avait pratiquement le meilleur boulot du monde.

Travis s’entrainait pendant que les femmes avec qui il travaillait faisaient semblant de ne pas le regarder. Fondamentalement, Travis était payé pour faire ce qu’il ferait tous les jours de toute façon. Il devenait plus dense, et ses muscles déjà impressionnants étaient plus définis, incitant seulement davantage de clients à signer avec lui. Il était celui qui gagnait le plus parmi les entraineurs à Iron E. Je refusais de m’inquiéter du jour où Travis signerait avec des femmes de notre âge. Ca arriverait probablement, mais je lui faisais confiance.

La porte de Mr Mott s’ouvrit, et Trina, son assistante actuelle, se glissa dehors. Elle tenait la feuille avec la liste des notes dans sa main, face cachée. Je le savais. J’ai vérifié.

Trina étira son cou pour faire résonner plus loin sa petite voix grinçante. « Envoyez s’il vous plait un mail à Mr Mott si vous avez des questions concernant votre note. Il n’en prendra aucune aujourd’hui. »

Sur ce, Trina lissa la feuille contre le liège, utilisa une punaise rouge pour l’attacher, et tourna sur ses talons, naviguant à travers la foule qui grossissait rapidement. J’étais ballottée de tous les côtés comme une boule de flipper, me rappelant le premier combat souterrain auquel j’ai assisté. Travis avait fait le ménage autour de moi. Il m’avait toujours protégé, depuis le premier jour.

« Hey ! Reculez ! Dégagez, merde ! » hurla Travis derrière moi. Il enroula un bras autour de ma taille, utilisant son autre main pour pousser les garçons et éloigner les filles d’un geste. Mon estomac se remplit de battements d’ailes d’une centaine de papillons non seulement à son apparition, mais cette répétition de la nuit de notre première rencontre, une nuit dont je venais de me souvenir, était suffisante pour vouloir l’entrainer dans le placard le plus proche et lui arracher ses vêtements.

« Tu es venu ! » criai-je en enroulant mes bras autour de lui et en pressant ma joue contre sa poitrine.

Il me tenait d’un bras et tenait les gens à l’écart. « Martha m’a dit de partir plus tôt. Je lui ai dit combien tu étais nerveuse à propos de ta note. J’ai peut-être aussi mentionné comment c’était merdique de ne pas pouvoir être là pour toi. »

Des bruits de joie et de déception m’ont ramenée brutalement au présent, et je me tournai, cherchant mon numéro d’étudiant. Je commençai par le bas de la liste, mes yeux bougeant jusqu’à ce que j’atteigne le haut. « Oh merde » dis-je. Je me tournai vers mon mari. « Je suis première. »

Travis se pencha pour toucher ma note de son index. « C’est toi ? »

« C’est moi. » lui répondis-je, incrédule. « Je l’ai eu. »

Le sourire de Travis s’élargit sur son visage. « Tu l’as eu ? »

Je tapai dans mes mains et portai mes doigts à mes lèvres. « Je l’ai eu ! »

Travis jeta ses bras autour de moi, me souleva dans les airs et me fit tourbillonner. « C’est ma nana ! Woo ! » beugla-t-il.

Mr Mott passa la tête par la porte, cherchant la source d’agitation. Je tapotai l’épaule de Travis, et il me reposa sur le sol carrelé. Mr Mott offrit un sourire à notre célébration, je hochai la tête, et il disparut derrière la porte.

Travis murmura, Tu es une bombe !

J’attrapai sa main et le tirai vers le couloir. Pendant que nous traversions les doubles portes en verre du bâtiment Nagle des Maths et des Sciences, Travis continuait à crier et à siffler. « Ma femme est un putain de génie ! » Il m’attira à son côté et planta un bisou rapide sur ma joue.

« Merci d’être venu, Trav. Tu n’étais pas obligé, mais je suis tellement heureuse que tu l’aies fait. »

Il me fit un grand sourire. « Moi aussi. Nous devrions fêter ça. Dîner ? »

Je fis une pause. « Nous devrions peut-être cuisiner ? »

Sa bouche se plissa sur le côté en un demi-sourire, demi-expression d’autosatisfaction. Il chercha dans sa poche et en retira un petit paquet de billets de cent dollars.

Ma mâchoire se décrocha. « C’est quoi ce bordel ? »

« Mme Throckmorton m’a félicité pour avoir réussi ma deuxième année de fac. »

« Elle t’a juste donné… » Je baissai les yeux. « Cinq cents dollars ? »

« Ouaip » Il enroula les billets et les remit dans sa poche. « Donc, où est-ce que je t’emmène ? »

« Nous devrions probablement les économiser pour… »

« Bébé. Laisse-moi être un homme et emmener ma femme dîner pour fêter son succès, s’il te plait ? »

Je serrai les lèvres, essayant de ne pas sourire. « Quelque part où je peux porter une robe et ne pas paraître ridicule. »

Les autres étudiants commençaient à passer les doubles portes et à descendre les marches, déviant une fois qu’ils arrivaient à Travis et moi. Il réfléchit quelques secondes avant que ses sourcils ne se relevèrent. Il n’y avait qu’un restaurant chic en ville : Biasetti’s. Immédiatement, le regret me submergea.

Travis fit une grimace. « Est-ce que ce n’est pas l’endroit des parents de Parker ? » Travis était encore blessé par le fait que j’avais presque eu un café avec Parker, dans le but de trouver une manière de retirer l’histoire de l’incendie aux étudiants journalistes. J’aurais dû être plus maligne que de faire cette erreur stupide.

« Tu as raison. Je n’y avais pas pensé. Nous n’avons pas à aller là-bas. »

Il me fixa du regard un moment, et je pouvais pratiquement voir les rouages tourner derrière ses yeux. Ses épaules se relaxèrent et il sourit. « C’est l’endroit le plus classe en ville, et je meurs d’envie de te voir dans une robe. Il serait temps que nous nous créions nos propres souvenirs là-bas, tu ne penses pas ? »

« C’est bon, Trav. Nous pouvons rouler jusqu’à Chicago et y passer la nuit. Aller quelque part de tellement luxueux que nous ne pourrons pas prononcer les noms des plats. »

« Poulette, c’est à plus d’une heure de route. » Il plissa les yeux puis sourit. « Tu veux porter une robe et manger des pâtes de luxe ? Donc tu vas porter une robe et manger des pâtes de luxe. Mme Maddox obtient tout ce qu’elle veut. » Il me souleva et me jeta à travers son épaule. Je couinai mais il m’ignora, descendit les marches à toute allure et prit le chemin qui menait au parking. « Et pourquoi ? »

Je piaillai. « Repose-moi ! »

« Dis-le ! » s’exclama-t-il en me tapotant le dos de manière joueuse.

Je poussai un nouveau cri, essayant tellement de surmonter mon rire que je pouvais à peine parler. « Parce que tu es le meilleur mari au monde. »

« Plus fort ! » tonna-t-il en me faisant tourner.

Je hurlai. « Tu es le meilleur mari au monde ! »

Il s’arrêta abruptement et me reposa sur mes pieds. Je pouffai de rire, hors d’haleine après la lutte. Il me regarda pendant un instant, puis renifla et attrapa ma main, m’emmenant vers la voiture. « Pour sûr que je le suis. »

Ma ceinture de sécurité se clippa, et Travis se pencha pour tirer un coup dessus - une petite habitude qu’il avait prise depuis l’accident de Trenton. Nous roulions dans la direction de l’appartement de Trenton et Camille – une autre nouvelle part de notre routine quotidienne. Travis dirigea notre Camry dans la partie éloignée de la ville, se garant près du dernier bâtiment des appartements Highland Ridge, une propriété qui était pleine de profs débutants et de jeunes mariés au lieu d’étudiants chahuteurs.

Je suivis Travis en haut, patientant seulement assez longtemps pour qu’il toque et rentre. J’avais arrêté de me demander pourquoi aucun des Maddox n’attendait que quelqu’un réponde. Travis insistait que s’il n’était pas supposé pouvoir entrer dans une des résidences de ses frères, la porte serait verrouillée.

Trenton était couché sur le canapé avec son bras plâtré étendu sur un coussin placé sur ses jambes. Il avait la télécommande dans l’autre main.

« C’est quoi cette merde que tu regardes ? » demanda Travis, son nez se fronçant.

« Dr Phil » répondit Trenton. « C’est tellement débile. Ces gens sont des fous furieux et ce connard chauve les exploite tous, alors qu’ils ont l’espoir d’avoir une thérapie gratuite. »

Travis et moi échangeâmes un regard, puis nous nous assîmes sur le canapé à côté de Trenton.

« Cami travaille ? » interrogea Travis.

« Ouaip » dit Trenton. « Je suis content que vous soyez passé. Elle me rend fou, à m’appeler vingt fois par jour. Je ne peux pas bosser, donc je nettoie et je fais la lessive du meilleur que je peux jusqu’à ce qu’elle rentre à la maison. Je regarde Des jours et des vies et Dr Phil. Cette Sami Brady est bonne. Je la baiserais bien. »

« Non tu ne le ferais pas. » dit Travis en arrachant la télécommande de la main de Trenton. Il éteignit la TV et jeta la télécommande sur le siège. Elle rebondit mais ne tomba pas.

« Hey » s’exclama Trenton avec un froncement de sourcils.

« Tu devrais venir t’entrainer avec moi à Iron E entre deux clients. » ajouta Travis.

« Ah ouais ? Comment ça se passe ? »

« Brandon Kyle est un connard. » grogna Travis.

Trenton se tourna vers moi. « Ah bon ? »

« Je ne sais pas. Travis ne pense pas que ça soit une bonne idée que je rencontre son patron. »

« Oh. Il n’arrive pas à fermer sa gueule, hein ? » taquina Trenton.

« Cet imbécile n’a aucun désir de vivre, apparemment. » répondit Travis en baissant les yeux vers le sol. Il se reprit rapidement. « Comment va Cami ? »

« Bien. » dit Trenton. « Elle va bien. Elle s’excuse toutes les dix minutes. Elle se sent toujours coupable. »

« Elle devrait. » grommelai-je, plus fort que je ne le voulais.

« Nous avons été heurtés par un chauffard ivre, Abby » rétorqua Trenton sur la défensive. « Oui, elle conduisait en étant en colère, mais elle n’aurait pas pu l’éviter. Nous étions dans le bon sens. Mais je sais que tu dis ça parce que tu m’aimes. »

« Pas vraiment » me moquai-je, me penchant vers Travis pour pousser le coussin de Trenton.

« Aïe ! Hey ! » cria Trenton avec un sourire.

Travis ricana. « Tu as porté Cami pendant plus de trois kilomètres avec ce bras. Et maintenant, tu ne peux pas supporter Poulette te taper ? Quelle fillette. »

Je gloussai. Je n’aimais rien davantage que d’être sur place et regarder les frères interagir. Je pouvais faire ça toute la journée, tous les jours. Ils étaient tout le temps en train de se battre, se câliner, lutter, défendre ou de s’insulter. C’était adorable.

Trenton ignora l’insulte de Travis et me regarda. « Elle t’apprécie vraiment, Abby. Elle veut que ça soit réciproque. »

« Je l’aime bien. » mentis-je. En vérité, je ne me préoccupais pas de Camille et ne l’ai jamais fait, même quand elle était juste la barmaid préférée de Travis au Red. Je ne pouvais pas mettre le doigt sur ce qui me gênait, mais même si elle n’avait pas été derrière le volant quand mon beau-frère a été blessé, elle était sortie avec Thomas et Trenton en même temps. C’était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour moi.

« Elle a traversé pas mal d’épreuves. Tu peux comprendre ça. Lâche-lui un peu la grappe. » me conseilla Trenton.

Travis se pencha vers moi et tapota le haut de ma cuisse. Sa main claqua contre ma peau, et il massa l’endroit où il avait frappé, juste au cas où c’était trop fort. Il était un grand gaillard et devenait de plus en plus musclé à chaque fois qu’il passait quelques heures au travail. Il agissait comme si chaque fois qu’il me touchait, il pouvait me blesser. Je gloussai.

« Quoi ? » demanda Travis.

« Je ne me briserai pas, peu importe comment tes muscles grossiront. »

« J’allais le dire ! Putain, mec ! » Trenton prit une poignée du biceps de Travis et serra. « Tu deviens gros ! »

« Gros » répéta Travis. « Ce n’est que du muscle, ducon. T’es jaloux ? » dit-il en pliant son bras. Son biceps devint si épais et solide que Trenton ne put garder sa prise. Ce ne fut qu’à ce moment-là que je réalisai exactement combien Travis avait pris de l’envergure en seulement quelques semaines.

« Femmelette. » murmura Travis en se reculant.

« Sur cette note, » me levais-je en ajustant mon short. « Nous devrions y aller. Est-ce que tu as besoin de quelque chose Trent ? Est-ce que Cami apporte le dîner ou… ? »

« J’ai le dîner. » me répondit-il en me faisant un signe. « En fait, elle m’a fait des repas surgelés et les a mis dans le congélateur. »

Il semblait si fier, et si désespéré que j’approuve, que je lui accordai un petit sourire. « C’était gentil. Je suis heureuse qu’elle prenne soin de toi. » Je me penchai pour l’embrasser sur le front, puis je suivis Travis à travers la porte et en bas des marches.

Une fois que nous grimpâmes dans la voiture, Travis inséra la clé de contact, la tournant jusqu’à ce que la voiture démarre. Il se cala dans son siège et soupira, jouant avec ses doigts contre le volant.

« Ça te manque de rouler en moto partout, n’est-ce pas ? Nous pouvons la prendre. Ça me manque aussi. »

Il grimaça. « Je souhaiterais simplement que tu oublies le problème de conduite et de Tommy et que tu tournes la page avec Cami. »

J’étais abasourdie. Je n’étais pas habituée à être du mauvais côté des choses. Je n’étais pas non plus habituée à ce que Travis ne se fie pas à mon intuition, mais il avait raison. Camille était de la famille. C’était encore pire pour moi. « Tu l’as toujours aimé… » lui dis-je, en regardant le jeune couple attendant que leur Yorkshire fasse ses besoins à côté des marches de Trenton. « Je… ne peux pas. »

« Elle va être ta belle-sœur un de ces jours. Tu dois dépasser ça, peu importe ce que c’est. Trenton est amoureux d’elle. Tu dois lui parler. »

« Je n’en ai pas envie. Je ne pense pas qu’elle sera dans les parages aussi longtemps. »

« Vraiment ? » s’étonna Travis. « Qu’est-ce qui te fait dire ça ? »

« Je pense que soit elle va déménager en Californie, soit elle va trouver quelqu’un d’autre. Elle est de ce genre-là. »

Travis secoua la tête. « Ne dis pas ça, bébé. Ça briserait le cœur de Trenton. Et Tommy ne la reprendrait pas, de toute manière. Il aime trop Trenton. »

« Pas assez pour s’éloigner d’elle au départ. Ne te trompe pas. Je suis furieuse contre lui aussi. »

« Ce ne sont pas tes affaires, Poulette. »

J’étirai le cou vers lui. « Sérieusement ? Tu es si proche du cul de Trent que tu peux voir son nombril. Tu fourres ton nez dans les affaires de tout le monde, et je ne dois pas m’en mêler ? » Je plaquai ma main contre ma poitrine.

Travis s’esclaffa et se pencha vers moi. Je me reculai, le faisant rire encore plus fort.

« Qu’est-ce qui est si drôle ? » sifflai-je.

« Tu es tellement sexy quand tu es en colère. C’est ridicule le besoin que j’ai de te toucher quand tu es toute rouge et agitée. »

« Je ne suis pas toute rouge. » boudai-je.

« Oh mon Dieu, viens ici. » dit-il en venant vers moi. Il tenta de m’embrasser, mais je l’évitai. Essayant autant que je pouvais, il était tout simplement trop fort, et c’était vaguement érotique.

« Non ! » protestai-je, mais je ne luttais pas assez fort pour l’empêcher de planter ses lèvres douces et chaudes sur les miennes. C’étaient lors d’instants comme ceux-là que je prenais conscience qu’il m’appartenait. Ce n’était pas un rêve, un fantasme ou une comédie romantique. Travis Maddox était réel, et je l’avais épousé. Je touchai ses joues et ouvrit la bouche, permettant à sa langue de glisser à l’intérieur.

Un coup à la vitre incita Travis à lever les yeux.

Je poussai un soupir, glissant les doigts dans mes cheveux pendant que Travis pressait le bouton pour baisser la vitre. « Oh. Hey, Cami. »

« Vous êtes venus nous rendre visite ? » demanda-t-elle avec sa fausse voix joyeuse.

Elle était trop gentille. Elle essayait trop. Elle savait que je ne l’aimais pas – non pas que j’essayais de garder ça secret.

« Nous euh… nous étions en train de partir. Nous rentrons chez nous. » répondit Travis.

« Oh » dit Camille, en se ratatinant.

« Nous pouvons rester si tu veux. » ajouta Travis. Je le pinçai à la hanche, et il grogna, attrapant ma main. « Pour quelques minutes. Nous avons un rendez-vous romantique. »

« Oh, c’est sympa. Je serai ravie quand Trent commencera à se sentir mieux. Ça fait un moment que nous ne sommes pas sortis. »

« Et bien » commença Travis. Je le suppliai du regard de ne pas le dire. « Vous pouvez venir avec nous si vous voulez. »

Camille me jeta un coup d’œil puis haussa les épaules. « Merci, Trav, mais nous économisons pour l’instant. Une autre fois peut-être. Ça peut être amusant. »

Nous saluâmes tous les deux Camille de la main. Elle croisa les bras autour de sa taille alors qu’elle montait les marches, les dépliant seulement pour ouvrir sa porte. Juste avant d’entrer à l’intérieur, ses yeux brillèrent et elle sourit.

« Okay. Okay, tu as raison. » admis-je. « Je suis rancunière, et je dois lâcher prise. »

Travis leva ma main à sa bouche et pressa ses lèvres contre ma peau. La climatisation était allumée à fond, mais sa main était encore un peu humide de transpiration des quelques minutes pendant lesquelles nous étions assis dans la voiture sans elle. Il appréciait mes paroles, mais il était un homme d’action. Je devais lui montrer.

Je soupirai et sortis mon portable de mon sac, cherchant le numéro de Camille dans ma liste de contacts. Je pressai son nom et tins le téléphone contre mon oreille.

« Allo ? » dit-elle, semblant surprise.

« Hey, Cami. C’est Abby. »

« Je sais. » répondit-elle, paraissant amusée. J’essayais de ne pas l’interpréter comme le fait qu’elle se moquait de moi, mais c’était la première pensée que j’ai eue.

« Je, euh.. nous pourrions prendre un verre ou un café un soir ou un matin. J’ai fini les cours, maintenant. Si tu as une matinée ou une soirée de congé, tiens-moi au courant. »

« Oh » s’arrêta-t-elle. « J’aimerais vraiment, vraiment ça, Abby. J’ai ma matinée demain pour nos rendez-vous de suivi médical. C’est à la première heure, donc nous devrions avoir fini vers neuf heures trente. Je peux déposer Trenton et être quelque part à dix heures. On boit un café ? »

« Au Daily Grind ? » suggérai-je.

« Bien. Je veux dire, oui. C’est super. Je suis impatiente. » répondit-elle, en trébuchant sur les mots. « Okay. On se voit demain. »

Avant que je ne raccroche, je l’entendis parler à Trenton. « Elle veut prendre un café ! »

« C’est sympa, bébé. » dit Travis.

Je pressai le bouton Fin avant qu’elle ne réalise que je pouvais l’entendre, puis je déposai doucement mon téléphone dans le porte-gobelet. « Elle est excitée. »

Travis ricana. « J’ai entendu. Je pense que tu as fait son année entière. »

Je m’appuyai sur mon siège et levai les yeux. « J’aimerais m’entendre avec elle. Je le veux. Mais, je n’arrive pas à me débarrasser de ce sentiment – comme si je ne devais pas baisser la garde avec elle. »

« Quoique ce soit, je suis certain que tu le découvriras demain. »

« Mais ce soir, » rétorquai-je, en le regardant avec un sourire, « Tu me dois un dîner à Biasetti’s. ».

 

***

Merci pour avoir lu le premier épisode de la saison 2 de Beauté Infinie ! Je suis très excitée par cette saison. Vous pouvez voir mes projets sur mon site pour savoir sur quoi d’autre je travaille cette année.

Plusieurs choses à savoir :

J’ai une newsletter avec des infos exclusives, des concours et des photos. Soyez certains de vous inscrire sur la page d’accueil !

Le roman A Beautiful Funeral (Tome 5 des frères Maddox) est sorti ! Un bestseller du New York Times, USA Today, et Wall Street Journal, vous n’avez pas envie de manquer ça! Découvrez où en sont les Maddox onze ans après, suivant l’épilogue de Beautiful Disaster. Ce roman est raconté du point de vue de chaque frère Maddox, leurs femmes, et quelques autres dont vous n’avez encore jamais entendu parler avant.

La boutique McGuire a des promotions de Noël ! Stocks limités. Ne manquez pas les sweats à capuche, les livres dédicacés, et plus encore !

Rendez-vous les jeudis pour de nouveaux épisodes de Beauté Infinie.

 

<3,

 

Jamie